Des dames avec les cheveux bigoudis

 

Léonel Houssam

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La mémoire nous joue toujours des tours. Je suis pourtant que dans ce grand bordel mondial, il y a eu des rues avec des Simca, des 4L, des R15 et des Mercedes 190D des années 60. Ça sentait les gaz d'échappement, les sacs poubelles sur le trottoir, les gus avec des parkas et d'autres avec des gabardines, des dames avec les cheveux bigoudis, la blouse à fleurs et des donzelles sous ombrelles remplacées par des pattes Def et des cheveux bordéliques. La petite goutte toxique qu'est la nostalgie ne m'atteint pas. Je l'esquive et me marre. Être une femme, être un homme, ça ne veut plus rien dire, d'autant que, mes chers lecteurs passants, nous ne savons même plus être humains. Globalement humains, comme ceux des tranchées, ceux des dancings, ceux des champs, ceux des usines. La mémoire peut être un écœurement, une aliénation, une chaîne lourde attachée à la cheville... Les gouttes toxiques de nostalgies se font plus nombreuses, une pluie drue qui noie le cerveau dans un amas de souvenirs. Les enseignes à grosses lettres, les kiosques à journaux, les barricades et les hôtels particuliers. La mémoire pue, elle aveugle, elle empêche. Dans les yeux rougis de fierté de papa, j'ai aussi vu le signe d'une profonde tristesse. La navette s'est insinuée dans la stratosphère dans le flou de l'écran bombé du salon. Le chien a pété. Le père a avalé son verre de whisky cul sec avant de l'éclater sur la table basse. "Les riches iront là-haut! Et nous, on crèvera dans l'enfer sur Terre !"

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