Des laitages industrielles habillés de Mamie Nova
Tous les jours, sur le trajet de retour, je m'assois dans l'avant dernier wagon, à côté d'un homme bossu qui regarde des pornos sur son smartphone. Je pense encore parfois à des choses qui ressemblent à des souvenirs d'enfance ; cette époque où l'odeur de la lavande a basculé de parfum à produit à chiottes ; celle des laitages industrielles habillés de Mamie Nova ; celle des mineurs virés dont les gosses commencèrent à se nourrir de dessins animés japonais et de chips Flodor… Le début de la fin, le dernier sursaut populaire avant la lente glissade vers aujourd'hui…
Je m'appelle Elvis Presley, que tu le crois ou pas, que tu aies cru dans ce mythe d'un chanteur culte, je m'appelle Elvis Presley… Dans ce simulacre de souvenirs, je revois des montagnes enneigées aussi dangereuses que mystérieuses, je revois les grosses manettes de jeux pleines de caoutchouc, je revois les pots d'échappement qui crachent la fumée noire et qui piquent les yeux. « Faut pas frotter sinon ça va rester tout rouge pendant des jours. » Les souvenirs sont un programme, au mieux ils sont le film qu'on se raconte avec quelques photos poussiéreuses. Il y avait ces ciels aux milliers d'étoiles et les cris, les coups que l'homme infligeait à sa femme. Il y avait le chêne au fond du jardin, les grillages verts parce que c'était les moins chers ; il y avait l'ennui, les jours de pluie en juillet qui effaçaient les jours lumière. C'est bien ça cette fable qui emporte tous les souvenirs identiques de tous… En oubliant les nuits de hurlements, de meubles secoués, de chair ébranlée par les coups et des heures de sanglots dans une maison plongée dans le noir.
Comme quoi les souvenirs ne peuvent qu'être un programme ou au mieux, ou au pire, un film que l'on tourne grâce à quelques photos poussiéreuses trouvées dans nos boîtiers crâniens.
Tempstèle 3. À suivre…











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