Il m'est difficile de savoir si d'autres époques récentes furent plus à chier que celle d'aujourd'hui, mais je peux affirmer que celle que nous vivons me fait penser à un encerclement ; encerclement de la parole, des opinions, des expressions et par extension de la création.

Que ce soit sur les réseaux ou dans le "réel", je me cogne des murs de rigidité mentale de plus en plus de personnes. Chacun se croit autorisé à dire ce que l'autre peut dire ou écrire. Chacun, dans un silence de mort mêlant la gêne et la désapprobation lâche, se croit en mesure d'installer une cage autour de l'esprit d'autrui.

Récemment, durant une nuit où les substances mélangées, la fatigue provoquée par les grosses chaleurs et une certaine atmosphère glauque liée au temps mettaient les organismes à l'épreuve, un type que j'apprécie mais avec lequel je n'ai jamais eu de conversations approfondies, me révèle qu'à ses yeux je ne suis qu'un gros prétentieux qui écrit des livres de merde. Je précise qu'il n'en a lu aucun. Même si le ton montait, ça n'était après tout que son opinion qu'il osait enfin formuler sous l'effet des différentes substances qui bouillonnaient dans son sang, son foie et son cerveau. Jusqu'à ce que j'apprenne qu'en réalité il se faisait le relais de l'avis d'autres personnes que je côtoie régulièrement sans que ceux-ci aient émis la moindre parole en ce sens face à moi.

La prétention dont il m'a affublé n'était en réalité dû qu'à l'image que je dégage : j'ai un franc parlé assumé, des opinions bien campées et un goût marqué pour l'exploration concernant mes travaux d'écriture. Il ne faisait que dire ce que bien d'autres font sur les réseaux sociaux : comprendre mes écrits de travers, calquer des récits de fiction issus de ma plume sur ma propre personnalité et surtout considérer que je devrais me contenter de créer avec l'accord de l'ensemble de l'Humanité.

Je lui ai dit de dégager de chez moi d'un mot et d'un geste (parce qu'il s'était juste avant goinfré et gavé d'un plat que j'avais préparé et d'une bouteille de rhum coûteuse). Ce qu'il a fait avec une certaine précipitation. Je ne l'empêchais pas de vider son fiel aigri et shooté sur moi, au contraire, mais d'apprendre que des personnes en commun puissent penser la même chose que lui sans jamais me le dire, et pire encore, en parlant avec moi, déconnant avec moi, me faisant risette et avec le coup des super potes, m'a magistralement gonflé.

Le pire dans cette anecdote anecdotique, c'est qu'elle traduit une sensation persistante qui pèse de jour en jour : un mec qui écrit (sans même avoir été lu) n'est qu'un prétentieux égocentrique qui produit de la merde.

"Tu as lu mes trucs ?
- Non mais je sais que c'est de la merde et les autres pensent comme moi."

Aujourd'hui, les réseaux sociaux et internet globalement permettent à des personnes libres de pensée de diffuser et faire connaître leurs écrits. Le revers de la médaille, c'est que tout le monde s'en tape même si ça like ici et ça commente là. Le succès ne m'intéresse pas (et j'en ai déjà eu ma part contrairement à beaucoup d'autres), ni même l'impact que je pourrais avoir sur autrui. Mais jusqu'à ce que ces petits défenseurs de la censure et de la disqualification s'agglomèrent pour prendre le pouvoir et me fassent taire, je n'ai pas l'intention de changer ma façon d'écrire, de penser et de diffuser. Ce n'est pas juste un droit, c'est une lutte acharnée que je mène quasiment seul depuis 35 ans.

Enfin concernant ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux que je connais par ailleurs dans la vie, je les invite à ne plus ni me saluer ni me parler quand ils me croisent. S'ils pensent comme ce type sans jamais l'avoir dit jusqu'à ce jour, qu'ils aillent se faire cuire la ron-delle aussi loin que possible...
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