L'époque n'est plus à la littérature
👉🏼 L'époque n'est plus à la littérature, la lecture, les livres. Tout le monde le sait. Et pour un vieil écrivain comme moi, c'est devenu quasiment impossible de rester un indépendant qui n'est plus qu'un pixel d'écrivain parmi des centaines de milliards de pixels d'autres choses...
Les gros éditeurs se font tous bouffer par des oligarques ou néo-libéraux ou néo-réacs. Autant dire que des écrits comme les miens, ils se torchent le derche avec.
Tandis que les indépendants qui tentent encore d'exister dans les méandres du techno-business s'accrochent tant bien que mal ou se mettent à imiter le marketing stratégique que les élèves d'école de commerce viennent mettre en place avec des promesses de réussite bidon.
Il existe cependant des libraires, des bibliothécaires, des associations, des revues, des webzines, des citoyens lambdas engagés qui se bougent pour faire vivre ce qui n'est pas encore fané... Mais leur force tient à ce qu'ils mettent en place en dehors d'internet et donc de façon locale. Or localement, là où je vis, rien. En périphérie, hors de là où ça se fait, il ne se passe rien parce que ceux qui y vivent sont globalement siphonnés par le scrolling, les centres commerciaux, les guerres à la télé, et les milliers de sollicitations publicitaires quotidiennes pour dépenser des revenus qui fondent comme neige au soleil.
Entre les gens de plus en plus fauchés et l'impossibilité d'exister sans prix littéraire, interviews à la radio/télé ou documentaires sur tel ou tel médias pur player, publier est un effort énorme pour un résultat qui alimente la déprime.
Enfin, et je ne connais pas la proportion mais ça se voit comme le nez au milieu du faciès, beaucoup de scribouillards pondent leur coucou à l'aide des IA.
Écrivain n'est pas un métier. C'est un sacerdoce. On n'écrit pas des livres pour être écrivain (de mon point de vue) mais parce qu'on a quelque chose à dire, qu'on lit des livres et qu'on exerce cette pratique parce que c'est viscérale et non parce que "ça fait bien". Je suis de ces écrivains qui régurgitent ses écrits, tel un trop-plein cérébral qu'il faut extirper.
Chaque écrivain est bien sûr différent d'un autre (s'il ne se goinfre pas d'IA pour faire illusion). Me concernant, je suis mauvais pour les relations humaines en ce sens que je suis ouvert à tous mais je ne fais entrer que quelques-uns dans mon cercle proche. Au-delà, je ne parviens pas à être faux. Je n'arrive pas à m'ouvrir au premier venu et ce depuis toujours. Ce n'est pas du mépris ou un manque de considération, c'est simplement que je suis un solitaire, que les êtres humains me paraissent être des étrangers non pas menaçants ou dangereux mais plutôt source de curiosité, d'admiration distancier et distancée ou "exotique". Étranger et étrange sont deux mots jumeaux.
Tout ça pour dire que je suis nul pour créer du réseau, intégrer des "cercles", des communautés, des associations, etc. Tu es peut-être comme moi, même si pas écrivain. Se sentir hors en vivant dedans. Or si l'on veut vendre du bouquin, le "talent", le livre (l'objet physique ou dématérialisé) ne suffisent pas. Développer ses réseaux sociaux, c'est une tâche gigantesque, chronophage avec un résultat hasardeux surtout quand on écrit des choses comme je le fais. Il faut participer à des concours, des prix, se faire claquer des portes dans la tronche par dizaines avant de décrocher une place dans un salon littéraire, une lecture et une dédicace dans une librairie, une interview ici et là. Et pour ça, encore une fois, je suis nul... Pour moi c'est un taf de commercial que je ne suis pas. J'abandonne aussi vite que j'ai commencé. Sans doute suis-je une tête de mule, un buté. Sans doute ne suis-je pas performant, compétitif, battant... Bref, je ne suis pas ce que je cartonne constamment dans mes écrits et alors ?
J'habite à seulement 25 kilomètres de Paris. "Ben alors vas-y !" Mais j'y vais. Pour la fiesta, les restaurants, les bars parfois les librairies (je suis comme tout le monde, c'est de plus en plus rare, l'accès facilité par internet aidant, on tue à feu doux ce secteur, je sais). Mais surtout pour les potes. Pénétrer le "milieu" littéraire parisien (il n'y en a pas qu'un mais les codes sont souvent les mêmes) implique les courbettes faussement rebellisées nécessaires à l'intégration dans ces cercles. Là encore je suis un mauvais élève. Je n'aime pas fréquenter les milieux culturels, du moins pas de façon proche et prolongé. Toujours cette personnalité solitaire et méfiante du monde qui m'en empêche. Et puis sans caricaturer, ces milieux, ces cercles sont comme des sectes et des concentrés de travers humains : hypocrisie (oh j'adore tes livres ! J'en ai lu un à l'époque d'Andy Vérol, faudrait que je lise ton dernier" MDR comme disaient les jeunes des années 2010), coups bas, jalousies, conflits, fausses amitiés. Lorsque j'étais un peu plus connu, tout le monde venait à moi. J'attendais et ça venait tout seul. Ce n'était pas la qualité de mes écrits qu'on venait chercher, c'était ma notoriété intéressante, potentiellement rentable pour briller, exister, se faire reconnaître à travers le succès d'un autre. Aujourd'hui, je n'intéresse plus personne parce que je ne suis plus connu et non parce que mes écrits sont moins bons. Ils ne l'ont peut-être jamais été mais être sous "les projecteurs" faisait de moi "un bon écrivain"...
Mon dernier roman paru en octobre vit sa petite vie avec des lecteurs réellement intéressés qui lisent et donnent leur avis APRÈS avoir lu (contrairement à tous ceux qui, sur internet, te balancent que tu es une nullité sans avoir tourné une seule page de tes bouquins).
Publier à l'avenir ? Peut-être, sans doute. En attendre un retour (ventes et avis), ça risque d'être de plus en plus compliqué, à moins que je gagne au Loto et que j'asperge internet et de pubs le monde entier. Je ne suis pas capitaliste donc je n'ai pas pour projet d'être riche. Je ne suis pas libéral donc je n'adapte pas mon écriture pour aguicher une "cible" sociologique rentable pour moi.
L'avenir du livre, je ne le connais pas. Et je m'en fous. L'avenir de mes livres, tant que je suis vivant, ils s'écouleront bon an mal an. En revanche leur contenu sera de plus en plus hybride. Écrire des histoires passionnantes, captivantes, efficaces, les IA, si bien utilisées, savent déjà le faire. Les conteurs d'histoires n'ont plus aucun avenir dans notre nouvelle Occident techno-fasciste. Hybride donc. Bizarre. Faussement destructurés, âpres pour les lecteurs peu tenaces, mes livres seront à la hauteur de ce que je me suis toujours fixé : écrire un monde entier, une lecture personnelle de l'humain. Tous mes livres sont liés les uns aux autres. Il est possible d'en lire un seul mais pour moi, c'est juste une des briques de l'édifice littéraire que je construis depuis des décennies. Et tant que je suis vivant, je m'en tiens à ça, même si finalement, je sais que tout ça est déjà dans les oubliettes de la littérature.
Je vous souhaite la meilleure extinction possible. À la prochaine.











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