Le secteur de l'édition en France est totalement éclaté
J'ai mal au cœur pour les correcteurs et correctrices qui me font souvent des propositions de relecture de mes manuscrits.
D'une part, pour mes quelques publications à compte d'auteur, leurs prix (justifiés bien sûr parce qu'il faut bien bouffer) sont juste au-delà de tout ce que je pourrais mettre comme thunes.
D'autre part, je vois leur profession fortement malmenée. Parce que depuis des années, les gros éditeurs et moins gros sous-traitent de plus en plus cette partie de la construction d'un livre mais aussi parce que les IA sont désormais si puissantes et tellement moins onéreuses qu'ils seront de moins en moins sollicités... Exemple : un roman de 150 pages, c'est environ 350 à 450€ (minimum) par un correcteur pro humain. C'est entre 0 et 20€ avec une IA ultra performante, 100000 fois plus rapide qu'un humain.
On pourrait dire : "ouais tu dois défendre le travail humain, il a ce que les IA n'auront jamais, l'émotion, blablabla". Même ça n'est plus un argument.
Je n'ai jamais fait appel à un correcteur humain ou IA jusqu'ici pour mes auto-prod. J'en assume d'ailleurs les coquilles et autres ratures. Mais globalement, tout comme pour la musique depuis longtemps, un écrivain peut fabriquer, diffuser, communiquer et distribuer ses livres en toute autonomie... Les professionnels du secteur, surtout ceux au bas de l'échelle, ceux qui ont une expertise, se sont faits littéralement mettre de côté... La mutation du secteur de l'édition est totale.
Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? Peu importe. Je l'écris depuis des années : la question est de savoir ce qu'une écrasante majorité des personnes du tertiaire vont pouvoir faire de leur vie avec la généralisation des IA performatives actuelles et à venir.
Au-delà de ces outils, le secteur de l'édition en France est totalement éclaté. Les gros éditeurs ont privilégié les professionnels issus des écoles de commerce plutôt que les éditeurs avec du flair et une passion non contenue pour la création littéraire. Les IA vont encore plus standardiser les parutions et ne laisseront aucune place à des auteurs comme moi et plein d'autres qui écrivent hors des clous, qui n'obéissent pas, qui ne se soumettent pas à la logique purement financière, qui n'obéissent pas à "ce qu'il faut écrire" et au diktat des lecteurs de têtes de gondole. De plus, les gros éditeurs ont tous été rachetés par des milliardaires oligarques qui instillent leur idéologie et leur vision inégalitaire du monde. Ils tuent chaque jour leur mantra à la con consistant à dire qu'ils défendent le mérite. Au contraire, ils défendent un modèle "Mas-ter/slave relationship" auquel je n'adhèrerai jamais.
Il y a encore plein de choses à dire et j'y reviendrai sans doute plus tard. Mais ne nous leurrons pas, hormis les passionnés (comme il y en a des vinyles en musique), l'écrasante majorité continuera à lire ce qu'on leur demande de lire. Et ça, les IA n'en sont pas les coupables et les responsables...











Commentaires