L'odeur persistante de pipi

 

Léonel Houssam

Mémoires d'un vieil homme qui se brXnle
Ne commencez pas avec ça. C'est bon. Le premier qui balance que j'ai pompé le titre sur Bukowski, je lui flanque un mollard huîtreux en pleine gueule !
Trêve de plaisanterie. C'est simplement un aveu d'impudeur à cette époque de ma vie où je n'ai plus beaucoup d'options. Un clin d'œil tout au plus, cette histoire de Buko. Un hommage. Ça se fait les hommages. Pensez-y quand il s'agira de me vider de l'urne. Ça me plairait ça ; m'évaporer dans les vents marins et m'éparpiller jusqu'à la stratosphère et reprendre le chemin de l'univers en quête d'une autre enveloppe, d'une autre forme, d'une autre matière, peut-être même d'une autre forme de vie.
J'en suis là dans ma tronche abîmée, dans l'odeur persistante de pipi parce que je ne suis pas foutu de pisser comme il faut dans le pistolet. Et cette odeur de cul, celui du voisin derrière le rideau de douche qui fait office de séparation entre nos deux lits.
Dans les douleurs, cette puanteur et le balai des prises de sang, des remplacements de poche et les ajustements de tuyaux, je me laisse envoûter par The Voice Kids que mon compagnon de chambre regarde avec cette joie pleine de tristesse…
N'empêche qu'ils chantent bien les gamins… N'empêche que je m'ennuie à mourir entre deux crises. La lecture me fait parfois du bien. Souvent ça m'ennuie. Les écrans sont plus forts, plus envoûtants. Ils fabriquent la paresse de l'esprit. Ils bouffent chaque neurone avec cette gueule de mec qui imite un rongeur qui mange une noisette. Ce genre-là.
Mon voisin, Jean-louis, utilise son portable pour parler à sa femme et ses enfants. Lui, c'est génération 100% télé. Il y a tout là-dedans pour lui. Et malgré tout, il a encore une conscience sociale parce qu'il parle pendant qu'il regarde la télé. Il me commente ce qu'il voit, il fait des blagues et souvent il digresse sur sa propre vie. C'est un bonhomme simple qui a toujours travaillé de ses mains, qui était orphelin dès l'âge de 5 ou 6 ans, qui a vécu de foyer en foyer mais qui a une vraie famille à lui maintenant… C'est Jean-Louis. Un vrai. Qui aime Johnny, les barbecues, porter des charges utiles ultra lourdes, et se péter le dos, choper.


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