Dictature conviviale

 

Léonel Houssam


Chroniques en dictature conviviale — #1
Avez-vous constaté qu'on demande souvent l'avis de chacun en s'en contrefoutant totalement ?
D'après les Enquêtes européennes sur les conditions de travail (EWCS), près de 50% des Français sont anxieux au travail en 2025, soit 5 fois plus de Français qu'il y a 4 ans seulement… Ce qui fait que notre pays est parmi les plus anxieux au boulot de toute l'Europe. Le 5ᵉ plus anxieux pour être précis.
L'organisation des entreprises, et surtout du management “à la française”, est une version mal digérée du management à l’anglo-saxonne.
Des patrons peu soucieux de la performance réelle construisent un encadrement de leurs troupes qui étrangle l'initiative individuelle, force chacun — avec le sourire souvent — à adhérer à des process défectueux qui n'ont qu'un seul but : augmenter le rendement, les marges à court terme et souvent la promotion des échelons supérieurs de l'organisation.
Tout ça est baigné dans une logorrhée pseudo-avenante et des dispositifs d'évaluation qui prennent tout le monde pour des cons.
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Quelles que soient les strates du management, il existe diverses primes que l'on verse sans sourciller :
PRIME “MERCI” et ses variantes :
Prime “Merci pour votre bel engagement”
Prime “Bravo à tous”
Prime “Je suis fier de tout ce que vous avez réalisé”
Prime “Soyez fiers de vous”
Prime “Nous avons réussi tous ensemble”
Ça ne mange pas de pain, tout le monde applaudit.
Chacun s'enthousiasme quelques secondes puis l’on retourne bosser, l’angoisse chevillée au bide.
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Notre pays a souvent été complaisant avec les leaders médiocres… Il n'y a qu'à voir tous ces guignols qui se ruent sur les navets littéraires d'un délinquant en col blanc tel que Sarkozy, ou qui likent frénétiquement les posts d'une huître telle que Bardella…
Pour tenter de lisser le caractère éruptif et contestataire d'une grosse partie de la population, le management est construit pour neutraliser, aseptiser et contrôler les “éléments réfractaires”.
Un management qui pose des questions et qui s'en tape de la réponse.
Un management de la fausse convivialité qui force, par exemple, des salariés à passer un moment de détente à l'occasion de Noël ou de la galette des rois.
Discours du manager supérieur devant lequel on fait des courbettes vocales, applaudissements après un discours aussi hypocrite que creux…
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Et puis un salarié sur deux retourne à son boulot, l'anxiété vissée dans le cerveau en guise de caméra de contrôle.
On reste parce qu'on est habitué ou parce qu'on doit bien financer le divorce ou le crédit de la baraque.
On reste parce qu'on se dit que ce ne sera pas mieux ailleurs.
On reste parce que c'est proche de chez soi ou qu'on s'entend quand même bien avec certains collègues.
On reste parce qu'on ne retrouvera pas un emploi rémunéré à la même hauteur.
On reste parce que ça fait chier de créer sa propre boîte.
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Ces aspects, j'en parle longuement au début de mon nouveau roman.
Quelqu'un de fragile pour qui on a une attention de façade peut lentement glisser en Absurdie, se contraindre à réaliser des tâches dont on sait qu’elles servent uniquement les intérêts de son N+1, 2, 3, sans que l’on ait son mot à dire.
Trop de réunions inutiles ?
Réponse du manager :
“Oui, c’est vrai. Alors comment s'organiser autrement pour être plus performant tout en allégeant (très similaire à Allégeance n'est-ce pas ?) l'agenda des réunions ?”
Six mois, un an plus tard, les réunions inutiles n'ont pas cessé, on continue à toucher les primes Merci, et on croule sous les emballements cardiaques avant d'aller au turbin


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