L'underground de la blank génération

 


L'underground, ça m'avait rendu plutôt triste et vaniteux. Comme beaucoup qui le composaient. Et qui le composent encore. Encore que ; avec les réseaux sociaux, ça a l'air d'avoir pris une autre tournure. Je ne sais pas si c'est plus ou moins vaniteux qu'avant mais, en tout cas, ça m'a l'air plus triste, plus terne. Plus puritain. Ce reflux de puritanisme n'a pas encore réveillé le démon créatif, le désir de tout déboîter, de se frapper l'âme à coups d'abus et de rébellion. C'était sans doute ça qui existait. Un esprit de révolte vaniteuse où on savait que ça allait dans le mur mais, avec cette petite longueur de temps nécessaire à faire la grosse fête décadente à s'en faire péter la conscience...
... Nous étions l'underground de la blank génération, ils sont l'underground de l'Apocalypse génération. Un truc du genre. De toute façon, un mec underground, ça racontait toujours que tout était foutu. Alors les uns plongeaient dans des trucs dark ultra glauques hardcore, les autres partaient dans un truc de forain circassien composé d'une faune infernale chauffée à blanc par des clowns volcaniques...
... je ne peux pas faire le vieux con qui donne des notes à la oldschool et des coups de martinet à la new. Je ne les connais pas. C'est loin. Je n'ai pas voulu croupir et vieillir dans l'underground. Je savais que la tristesse finirait par submerger la vanité. Et pour moi, la vanité, c'est pas négociable, ça doit rester dans le game...
... Et puis je m'en fous bien de ce qui se fait de nouveau. Tout a toujours été nouveau pour moi. Ce zigzag de quelques décennies dans les undergrounds m'aura fait du bien. C'est un truc de la génération du vide. Comme nous n'avions pas de guerre, et comme la jeunesse l'a toujours fait depuis l'éternité, nous avions créé nos royaumes, nos républiques, nos idéologies, nos guerres, nos victimes et nos coupables...
... Je suppose qu'ils font toujours un peu comme ça dans l'underground actuel. Je ne le saurai jamais parce qu'il y a toujours ce truc bien vaniteux qui consiste à garder quelques secrets, à mettre des paravents autour pour que tout reste à soi, entre soi, dans cet univers turbulent un peu à la marge du monde "normal"...
... À présent, je les imagine un peu comme mes enfants dont on ne m'aurait pas informé de la naissance. Ils ont un peu de nous, les darons et les daronnes de l'ancien temps mais avec leurs codes, leurs valeurs crayonnées, leur tristesse transformée en créations incompréhensibles pour le commun des mortels que je suis redevenu.


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