Emmurés dans la télé


©Photo de Yentel Sanstitre

Tout chiasseux, le bénard rempli de merde et de pisse, les yeux et les mains bandées sans doigts, il me suppliait de le sortir, de le ramener au monde. Mais moi, mes nerfs! Les nerfs! Le souvenir de mes nerfs quand l'autre s'écoulait de violence sur la mère, sur les murs, les carrosseries de la poubelle Renault, ses yeux vitreux, sa bouche mouillée mêlées de moustiquaires invisibles, le dindon brelan jaillissant du falzar, les dents du fond fumées à la mauvaise haleine et ses nerfs! Ses nerfs! Il me supplia de le sortir de là, de la ramener au monde, mais les nerfs! MES nerfs! Qu'en avait-il à faire?! 
Sans ses doigts, sans sa langue, ses zozotements de bête arriérée, le train arrière balancé sur le matelas de mousse bosselé, cradingue, qu’avait-il à en faire quand il paradait sur ses estrades, serrant les pinces de ces vieilles peaux, pinçant le cul des femmes de ménage, houspillant la secrétaire, crachant à la face du seul arabe du patelin, le taquin hein ?! Qu’il était taquin hein ?! Il ruinait des vies, trempait toutes les muqueuses de son corps dans les orifices de ses électeurs, tournant autour du pot quand nécessaire, qu’en avait-il à faire ?! 
En livrant le cul de sa Corinne à mon père, des dizaines de fois, lui volant les entrailles ensuite, le dénonçant, l’humiliant, le poussant à se jeter dans le vide avant de reprendre la direction de la ville, parader encore, naufrageant sa famille, m’ordonnant, moi l’inadapté social « que j’ai sorti de la merde » comme il aimait se vanter ! L’enfoiré, le petit père du petit peuple d’une petite ville qui se croyait de sang pur. De sang pute en fait, des lâches retranchés derrière leurs murs, emmurés dans la télé, calfeutrés dans la couche de cirage, la gueule de bois, les chevilles enflées à chaque slogan hurlé. Il avait bâti ses monuments hein ! 
Les Nerfs ! Une zone commerciale avec un Leclerc qui faisait office de Pyramide prestigieuse, une statue de ce grand con de De Gaulle sur la place des cons morts pour la France des antisémites ! ça c’est les nerfs, c’était là, avec son cul en arrière, ses doigts boudinés découpés grillés au four ! Des nerfs, des fanfreluches politiques pour mieux se rincer, devenir le gros porc local défenseur du terroir des cons, les producteurs de cochons, de bovins et de cultures de saucisses grâce aussi saine qu’un bol de soupe radioactive. Il était là, dans ses derniers instants à se penser naturel. Un cancrelat à la bouche pâteuse d’ancien fumeur, de « bon vivant », de pestifère, d’imposteur… « Tu vois mon vieux, je vais t’en remettre un cou. J’ai la salive fluide quand tu me fous les nerfs. J’ai la trique, j’ai l’œil vif ». Puis j’ouvrais mon pantalon et j’écoutais le son des succions.

Extrait de Poétique du tueur (roman en cours d’achèvement, 2ème partie du cycle Avant Extinction, à paraître en 2013 si un éditeur l’accepte)

Andy Vérol

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