Les bains de cyanure, les rotules pétées


©Photo de Yentel Sanstitre

Ça marche comme de la crème, un ventre en crème, épaisse mais molle, mais sucrée, mais salée, mais salope. On y passe la langue et on luit du bout des doigts quand on les trempe dedans. On y marche comme sur la lune, les orteils coincés dans la fente, on y nage comme dans les saunas, les bains de cyanure, les rotules pétées, les mains désarticulées. Limez maintenant. Tu sens à présent ta langue qui claque doucement derrière les dents.

Un petit peu chaque jour, le maudit s'échappe des fièvres caniculaires de plein hiver, des ivresses plombantes aux éjaculations pénibles après s'être excité sur une mappemonde, les matrices immondes des mégapoles shakant des hanches sur les continents qui coulent, qui couinent à l'instar d'une hanche en plastique mal vissée dans la viandasse de Madame, ex-Miss Emmental, ex-dé-putée, ex-pédé-gé de la cause gay. A rondeurs égales, le pubis "calvicié" offre un ultime soupçon de pureté-maigreur...

Le gris gros emplit chaque diurne, pète les burnes, la tête, les mouvements, joue le jingle des micro-douleurs dont le corps est perclus. Un tas de passants croupit devant le mur construit dans la nuit sur l'Autoroute des Frères Taxidermistes par les Djihadistes du cul, les partisans du fumer dedans, les terroristes de la picole maladive. Dedans ou dehors, démontés par la fraîche, nous nous avançons zombies sur des champs plats, spongieux, boueux, gloutons comme des sables mouvants. Décider, c'est gagner 1 point de vie, dépenser, c'est l'annuler. Attendre donc la face plongée en apnée dans la vase lumineuse de nos écrans-maman.

Extrait de "Poétique du tueur" - Roman en cours d'achèvement. 

Andy Vérol

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