Une charge de plastique sous des citoyens en toc...


©Photo de Yentel Sanstitre


Une charge de plastique sous des citoyens en toc...

Peu importait tout ce qui avait pu se passer. J'avais du respect pour les flics, durant quelques minutes, lorsque j'étais calme, que je regardais des émissions sur les criminels, ces salauds qui faisaient du mal aux innocents. Puis je les haïssais quand nécessaire. Mon secret, c'était un peu ça: ne jamais me souvenir précisément...

Ne riez pas. Ce qui a été détruit entre la naissance et l'adolescence ne peut plus être jamais réparé. Il n'existe plus qu'un seul objectif inscrit dans la chair, dans l'âme, dans tous les orifices du corps: la vengeance. La vengeance aveugle et réparatrice...


Le petit -et ses doigts - battu par les monstres allaient se déployer jusqu'à devenir lui-même un monstre, un maître-monstre, le pire de tous pour les attraper par les cheveux, leur arracher du crâne, les vider de leur sang, de leurs entrailles. Voilà ce qui se passe quand une ordure alcoolique pisse dans la bouche de son gosse, quand une femme aux petits os ferme les yeux à l'instant des coups. Le monstre naît comme ça, en quelques épisodes courts, hurlants, infernaux, baignés dans une lumière verte... Le ventre à l'air à jouer avec le trou, le faire rougir, et les yeux noirs, la voix d'outre-mort murmurant:

«Un jour, tu vas voir, et mon Dieu me protégera et me laissera me venger et me laissera vous griller la gueule dans les flammes de l'enfer, les cascade de flammes de la forêt d'ArtenGire. »

De très jolis tissus solides reprisés à la main... Tic tac obsédant, tout le temps, le frigo américain, le tapis persan qui coûta un bras, une vie, un siècle. Ses pieds gros, ses chevilles grosses, calés dans des charentaises chaudes, chimiques, chaudes et humides et chimiques, imbibées.

Je profitais de la dépression collective pour les mater de dos, leurs gros culs, leurs airs avachis, leurs gueules de patriotes planqués derrière un flic armé hurlant « è pas peur de toi négro hein! »... Ils m'émouvaient, me touchaient. Les gens qui avaient peur, les ignorants se considérant comme des purs, des vrais, étaient toujours émouvants, fébriles... érogènes.

« Tu mets des jeans et des sweats à capuche tous les jours... C'est ta burqa à toi ma chérie, hein? »

J'aimais les personnes vertigineuses à l'intérieur... C'est pourquoi je n'avais pas de vie sociale, quasiment aucun ami et aucun lien avec ceux qui furent classés « famille »... Découper un corps, m'en servir d'en-cas ou de décoration provisoire d'un instant donné ne me posait pas de problèmes, tout au plus un dégoût instantané vite effacé par une bonne défonce à la vinasse ou au Menu XXL de Mac Do.

Les ombres sont tout autour maintenant, des traces de merde, de doigts croûteux sur le papier-peint avec les nuages blancs, le ciel bleu, les oiseaux cucul la praline, le papier-peint pour enfant aspergé par les déjections des ombres, les fantômes, les spectres qui faisaient la nouba autour du corps chétif recroquevillé crevette sous la couette, le duvet rouge, la carcasse désossée d’un dog allemand qui couinait encore…

Extrait de Poétique du Tueur. (Roman presque achevé)

Andy Vérol

2h23 de Coil:



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