Les effluves de peinture et le gluant de son gloss | 13 mai 2010
C'était aussi incongru qu'Hitler portant un enfant juif: "Areuh areuh petit Eden..."... Sa bouche se posa sur ma bouche, s'imbriqua après quelques manœuvres d'ajustement, puis sa langue moulina. J'avais les bras contre mon corps, elle avait les siens autour du mien. Et elle tournait encore et encore contre mon palais, mes dents... frôlement de glotte. Avant de s'arrêter tout net: "Tu sais Nélo, tu sens très fort l'alcool. Ça me dégoûte un peu mon bichon..."
Je n'avais plus bougé un membre depuis une minute, je n'avais rien donné de ma personne. Elle avait tout pris:
"T'es un grand timide toi hein?
- Ouais peut-être, je sais pas.
- Les mecs qui boivent, ils sont souvent timides à la base. T'aimes quelle musique?
- Euh, de tout, de rien."
Elle me tenait fermement la main. Nous étions assis, sur une chaise, ses genoux « résillés » collés au mien... J'avais peur que quelqu'un ne déboule. Ma réputation était faite, ceci dit.
Elle parlait. Nous étions soudain dans le couloir d'un parking fraichement repeint en vert pomme. J’avais un peu de peinture sur la manche gauche. Elle me parlait toujours, j’essayais d’être attentif, mais l’endroit, éclairé par des projecteurs à la lumière intense et violente, suintait, dégoulinait et bourrait le nez des odeurs chimiques. Une forte migraine s’installa. Elle parlait toujours. Je me levai : « Viens Jocelyne, je me sens pas bien dans cet endroit. Viens derrière les projecteurs… »
Elle parlait toujours. Ça obstruait mon oreille gauche. La tache, sa voix, la tache de peinture, sa voix, son phrasé vulgaire :
« … toutes les musiques, j’ai pas de préférences. Ça va de David Ghetta à Molière, en passant par David Hasselhoff, David Bowie ou David Charvet.
- Molière, c’est pas de la musique. Mais t’aimes les David qui chantent toi.
- Ah ! C’était pour vérifier si tu m’écoutais bien grand déglingué. Je voulais dire Corneilles. Mais j’adore aussi Johnny Hallyday aussi, mais ça c’est comme tout le monde ! Et son fils David, évidemment ! Oh bichon ! Comme tu es… »
Elle s’agrippa plus fort à mon bras, m’envoya un baiser éclair dans le cou. Je crus un instant qu’un connard m’avait tiré dessus avec un paintball. Sans doute les effluves de peinture et le gluant de son gloss… Nous contournâmes et marchâmes derrière l’un des spots. J’ouvris une porte qui donnait sur un couloir perpendiculaire à l’axe central du parking. Il y avait des trous dans le plafond qui laissait passer les rayons du soleil atténué, par une sorte de brume orageuse. C’était l’impression que ça me faisait.
« … les livres. J’aime pas lire parce que chez moi, on n’aimait pas ça. Mon père était plutôt branché sexe et pêche, si tu vois ce que j’veux dire, et ma mère torchait les gosses, préparait la tambouille… Son seul loisir, c’était comme toi, le vin, rien que le vin.
- J’aime aussi la bière, le whisky, le saké, la vodka et le rhum. »
Elle rit de bon cœur. Sa voix devint lointaine avant d’être inaudible.
Extrait du roman en cours d'écriture: Le Goût Amer de l'Amande
Andy Vérol











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