Le bébé tète mes pectoraux... | 01 avril 2011

Sur le pont, je suis sur le pont, pisse sur la rambarde, je pisse sur le pont. Une 4L coupe la route à une Volvo des années 80, en bas sur l'autoroute. Je vide la dernière goutte de pisse dans mon slip. Braguette à boutons... Un type sort sa tête de la vitre passager, de la 4L. Pan ! Il tire une balle dans le pare-brise de la Volvo. Viens, regarde. Il faut regarder. Un autre émerge, vitre passager de la Volvo et tire trois balles dans la gueule du chauffeur de la 4L. . Bagnoles qui s'encastrent derrière, carambolage bruyant, gloussements de douleur des encastrés. Criblé de balles, le conducteur de la 4L jaillit sur le bitume, s'effondre, boîte crânienne écrasée, le bras droit arraché par les roues de la Volvo en marche arrière... Le bras tressaute nerveusement, le sang gicle du moignon à la viande à vif... L'os. Le corps de la victime tremble encore... mais mort... La Volvo déguerpit, le pare-brise fracassé repeint au sang du chauffeur... Fuir. Je rentre chez moi. Le mal dans le ventre. Bruno me balance le petit dernier dans les bras. Un bambin potelé de 5 kilos qui salive sur mon tee-shirt. « On m'a volé mes papiers, mais le pire, c'est qu'on m'a tiré mon portable, avec tous mes numéros dedans ». Je suis dedans, dans une mairie froide, sans décor. Simplement le portrait de Sarkozy en photo calé entre deux grands drapeaux français. Je suis seul et le bébé pleure. Je ne sais pas où se déroule la fête. Il chiale, dément. Lui donner le sein pour le calmer. Ça le calme. La nuit tombe, ne dure que quelques minutes, la vie chute, s'installe pour longtemps. Je ne sais plus si c'est mon bébé ou celui de Bruno. Je ne sais plus si je sors avec quelqu'un... De la bière dans le biberon, les gens qui dorment, ronflent sur le trottoir en graviers de Vauréal village. Des pas font « scrouk », les murs sont haut en pierre, puis en verre. Ils sont suspendus, harnachés pour le confort. Certains me regardent passer, d'autres m'interpellent : « Tu n'as pas le droit de marcher dans la rue. La rue c'est pour dormir, mets une petite laine, protège le bébé ». Je dis : « On m'a tout volé, surtout mon portable. J'avais tous les numéros, de tout le monde, dans mon portable ». Les murs sont en vitres, ils sont tous suspendus, costarisés, classieux, cleans et à moitié endormis. « Vous allez trop maigrir si vous restez là-haut. Comment mangez-vous ? »... Un maigrichon me répond : « Occupe-toi bien du bébé, suspend-le avec nous, il sera mieux ». Je ne sais pas où se déroule la fête. Le bébé tète mes pectoraux...
Extrait de « Quand ils se perchèrent »
Andy Vérol

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