Ces sortes d'humains extraterrestres
On m'a tellement dit que j'étais un raté que j'ai fini par le croire. Heureusement, à la quatrième maison de l'impasse, il y avait Cassidy Bulger. C'était un Noir plutôt grand, toujours sapé en costard-cravate. Vous savez, ça détonnait dans le quartier. À tel point qu'aujourd'hui je me demande si je n'ai pas inventé ce type. C'est fort possible, tout comme l'époque le voulait. Nous avions le droit d'être ce qu'on voulait et n'être rien. Liberté totale sur l'identité, du moment que nous restions bien sages comme des images. Un pas de travers et nous tombions sous le coup des lois antiterroristes.
Enfin, Cassidy a sans doute existé. Je me rappelle même ses mômes, des petits morveux blancs qu'il avait adoptés. Un papa poule quand il n'était pas un papa absent à cause du boulot. Eh bien, le bonhomme était un truc que personne ne comprenait à l'époque : il jouait de l'argent en bourse. Vraiment, nous étions tous convaincus que ce genre de chose relevait des riches Américains ou de la haute bourgeoisie bancaire et industrielle en France... Personne ne nous expliquait ça à nous, dans les quartiers ouvriers. La puissance du monde commençait seulement à se concentrer entre les mains de ces sortes d'humains extraterrestres qui nous aspiraient avec leurs grosses tentacules.
Cassidy faisait ça, et c'est lui qui m'a donné toutes les billes pour devenir l'homme puissant que j'ai été toutes ces années-là... C'était il y a si longtemps...











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