La stupidité est leur nation

 


Ils me disent onyamnésique : mes jours seraient vides, mes nuits pleines jusqu’à l’asphyxie. Ils peuvent bien dire ce qu'ils veulent, je les oublierai sitôt plongé dans un nouveau rêve ou l'un de ces cauchemars répétitifs… Sans doute que cela est arrivé il y a longtemps selon eux. Leurs blouses sont trop blanches pour ne pas être suspectes.
« Laissez-le se reposer. Il n'est pas encore capable d'être cohérent ni même de comprendre ce que vous lui dites.
— Mais qu'est-ce qu'il a ?
— On ne sait pas trop. C'est un cas unique à la connaissance des psychiatres. »
Ils déblatèrent. Les oreilles en oreiller, j'ai bouché les tympans. Je ne veux pas être ici. Je ne sais pas trop quel est ce monde. La vulgarité est leur drapeau, la stupidité est leur nation. Non, mais non, je ne leur donnerai jamais raison. Car sous mes paupières, il ne fait pas noir, il ne fait pas sombre… Dans leur monde, mes carnets gribouillés de mes textes n'existent pas. Ils prétendent même que je les ai inventés. Des sbires au service du Diable de leur monde. Pas du mien. Il n'y en a pas qu'un dans le mien. Sous mes paupières, il y a les réels, les chevauchées, les chutes dans le vide, les gueules vérolées, les corps déformés. Il n'y a jamais de banquiers, jamais de billets, sauf si, bien sûr, ça sert la navigation dans le film de l'un de ces réels.
Sous mes paupières, il y a mes yeux grands ouverts qui fixent les horizons. Leurs voix se brouillent et disparaissent dans le lointain. Chaleur entre les cuisses. Sur le tronc d'un eucalyptus, je vois la tache sombre laissée par mon jet de pisse. Ça sent le bois brûlé et le crottin de poney. Les mouches et les taons sont innombrables. Je ne les sens pas, je les rejette, je m'en tamponne, leurs piqûres disparaissent immédiatement. Je le note immédiatement sur mon carnet malgré des gouttes de sueur qui s'écoulent de mon visage vers cette page. Le soleil de connard ! Quelque chose d'aussi ferme qu'un chibre de boute-en-train en pleine action.
À suivre…


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