Tout le monde sait désormais que voter n'est pas décider

 


Tout le monde sait désormais que voter n'est pas décider, mais simplement s'exprimer. Nous avons acté cet état de fait, enfoncés dans une vase qui rend instable notre marche vers la rive rassurante que nous apercevons un peu plus loin... Nous tentons d'avancer vers cette rive, les pieds fixés profondément dans cette glue poisseuse, en constatant, épuisés, que cette rive s'effrite sous l'effet des courants, des vents, des tempêtes successives.
Las, nous parvenons tout de même à nous extirper pour prendre une pause sur un îlot de cailloux, au milieu de ce fleuve de boue et d'eaux noirâtres qui ne cesse de s'élargir.
Si bien que nous sommes comme cette famille traditionnelle française profitant d'un pique-nique, la belle DS garée un peu plus loin, où deux types en pantalon blanc reluquent la carrosserie rutilante de cette berline bourgeoise... Jusqu'à ce qu'ils traversent sans mal le bras de rivière pour rejoindre le couple "tradisfonctionnel", l'air avenant mais menaçant. Papa joue le rôle de papa, repousse les malotrus, du moins croit-il s'en être débarrassé, quand il les voit revenir, armés d'une clé démonte-roue et d'autres outils métalliques, désinvoltes, offensifs, hostiles, proposant d'échanger leur vieille 15 Citroën contre la DS classieuse.
Papa et maman, apeurés, sur la défensive, agacés, se révoltent fébrilement, choqués lorsque les deux voyous hument la chevelure de leur fille Jacqueline. "Elle s'appelle vraiment Jacqueline ? Les bikinis, l'odeur..." Leur progéniture en a marre d'être embourbée dans cette vie triste de bourgeois réacs et finit par déguerpir avec les deux "blousons noirs", accompagnés de leur maîtresse à bord de la magnifique DS...
Ce couple de bons Français reste là, démuni, tandis que leur fille et ses nouveaux compagnons ont choisi de ne plus rejoindre aucune rive rassurante, mais de partir dans une course folle vers la liberté, dans les recoins d'un monde de besogneux, d'ennui et de servitude à l'ordre établi...
Voter, c'est s'exprimer sans que cela puisse influer sur les choix des classes dominantes au pouvoir... Fuir, sortir de cet étau, est la seule issue possible pour échapper au carcan réactionnaire, autoritaire, consensuel... Une manière de se déboîter l'âme, de jeter son petit confort aux orties et de savourer une liberté destroy, en roue libre, les freins défectueux, décontractés du gland...
Notre République n'est plus celle des autres. Elle est celle qu'on a imaginée, inventée, taillée sur mesure... La médiocrité du monde politique, médiatique, les courses à la guerre, les utopies par dépit, le désir d'ordre, le besoin de stabilité, de sécurité, de tranquillité entraînent une minorité vengeresse, frustrée, nostalgique, à renoncer aux lambeaux de démocratie pour un régime néo-aristocratique autoritaire, vêtu d'une phase élective uniquement destinée à maintenir l'illusion de l'expression populaire...
On en est là, et tous ceux qui refusent ce choix par défaut sont fichés, disqualifiés, ciblés, criminalisés, invisibilisés. Il y a ceux qui s'opposent frontalement à cet irrémédiable bascule autoritaire et qui finiront écrasés par les élites et le peuple à ses ordres... Tandis que d'autres ne visent plus cette rive rêvée, choisissent la fuite, la liberté, leur république, Notre République...
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Texte additionnel à mon petit livre Notre République... Parution à venir d'une version augmentée de ce texte, avec des textes supplémentaires, des créations visuelles et autres ajouts. Cette nouvelle version sera un petit guide pour vivre digne, fier et libre dans un monde désossé par l'effondrement...


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