Un anti-roman d’amour signé Léonel Houssam
Un anti-roman d’amour signé Léonel Houssam
Avec « In love with Alice Sapritch », sous-titré « Un roman à l’eau de rose frelatée », Léonel Houssam signe un retour fracassant sur la scène littéraire. Loin d’un simple clin d’œil ironique, ce titre annonce la couleur : il s’agit moins de raconter une histoire d’amour que de dynamiter les codes du roman sentimental, en les plongeant dans l’acide de la honte, de la névrose et d’une lucidité sociale grinçante.
Joseph, l’homme qui ne guérit pas
Au cœur du livre, Joseph, la quarantaine cabossée, porte en lui une enfance violente et un sentiment tenace de disgrâce. Il ne cherche pas à « s’en sortir » : il tente de survivre, en transformant l’amour en dernière planche de salut autant qu’en accélérateur de chute. Sa quête sentimentale bascule très vite en errance intérieure, au croisement de la réalité, du fantasme et de l’hallucination, sur fond de monde du travail asphyxiant et de « convivialité » de façade.
Alice Sapritch, icône des marges
Le choix d’Alice Sapritch n’a rien d’anodin. Figure d’actrice longtemps associée à un physique non conforme et à des rôles de composition borderline, elle devient ici un totem des existences en marge. Houssam en fait une sorte de sainte patronne des disgraciés, qui renverse les critères de beauté et de succès. Face à elle se dresse Amandine, personnage plus incarné, seul point de lumière dans la nuit psychique de Joseph, mais lumière instable, sulfureuse, jamais totalement salvatrice.
Une écriture d’écorché vif
« In love with Alice Sapritch » prolonge la veine noire et rageuse de l’auteur, déjà repérable dans ses textes précédents publiés dans les circuits alternatifs. On y retrouve une langue crue, parfois lyrique, nourrie d’humour noir et d’images frappantes, au service d’un personnage qui refuse le récit de résilience pour assumer une forme de sainteté inversée : non pas la rédemption, mais l’acceptation radicale de ses fissures.
Un objet borderline dans le paysage littéraire
Publié à l’automne 2025 en format broché, le roman circule pour l’instant surtout par les réseaux de librairies en ligne et le bouche-à-oreille des lecteurs amateurs d’écritures extrêmes. Il s’impose déjà comme un objet borderline : ni simple récit intimiste, ni pur roman noir, mais texte hybride où le désastre intime devient prisme politique. En sabotant l’« eau de rose », Houssam propose un roman pour celles et ceux qui ne se reconnaissent ni dans les happy ends, ni dans les récits de reconstruction obligée.











Commentaires