Un crochet du gauche dans le menton

 


Le ventre flatuleux de Daniel gigote à l'extérieur du tee-shirt, couvrant complètement son pubis. Sa voix rocailleuse résonne dans nos oreilles et sans nul doute dans les écoutilles des ennemis.
« J'repartirai pas là-bas. C'est trop. Je craque. Je sens que mon cœur va lâcher d'angoisse.
– Oh, t'es plus à l'école de commerce. C'est fini les conneries de management du pari de la confiance pour la performance. Maintenant, tu crapahutes dans les ronces et les orties de la deuxième ligne de front. Et considère-toi heureux que je t'envoie pas en première ligne. »
Bertrand, la belle gueule, le cul moulé au millimètre dans son éternel jean blanc, s'avance, sourit, chope les cheveux gris et gras de Daniel et lui assène un crochet du gauche dans le menton. Geyser fabuleux de salive et de morceaux de dents. Daniel s'écroule dans la poussière en maugréant, agité comme une queue sectionnée de lézard.
« Vous êtes que des... »
L'indien et le petit Camille le traînent jusqu'à la charrette attelée à l'âne tapé par plusieurs chocs post-traumatiques. Fin des turbulences. Daniel se réveillera dans sa chambrée, une bonne gueule de bois vissée sur son crâne.
« C'est dur, très dur ce qu'on demande à chacun ici. Nous avons tous encaissé au point d'en être abîmés. Mais c'est pour nous, notre liberté, notre A-patrie ! »
Les nouvelles sont plutôt bonnes. Les bleus reculent dans le village d'Acidienne. Il ne faudra pas plus de deux jours pour qu'il soit en notre possession. Comme à son habitude, Bertrand, triomphant, winner, mégalo, hystérique, débute un déhanché qui promet l'ouverture d'une putain de soirée orgiaque. Les uns se battent, les autres s'ébattent. Mais qui suis-je ?
Texte additionnel à Notre République


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