Blog froid, Amok et Petit Jésus

 


👉🏼 Le blob froid ne fut pas visible dès le départ. Celui qui le contrôlait s'appelait Amok, fort, puissant, capable de faire la pluie et le beau temps. Seulement voilà, Amok perdait de sa puissance, englué dans un bordel sans nom... Il laissait peu à peu faire son œuvre au Blob froid...
Nous ne le voyions pas, nous ne le comprenions pas. Le Blob froid, Amok ramolli, Petit Jésus en pleine forme, ces trois géants revenus des temps anciens pour calmer les ardeurs de l'Humanité se mirent à ravager toute la magnificence de nos sociétés, notre puissance, notre pouvoir, notre certitude d'être enfin arrivés à piloter le navire... Avec toute l'arrogance de ceux qui s'étaient crus vainqueurs, nous avons sombré dans la panique, la cruauté, l'odeur de brûlé de la Mort collective.
J'en faisais partie. Oui. Très jeune encore, je militait avec d'autres lycéens contre le système suicidaire dans lequel nous vivions, mais surtout j'y étais pour les copains, les copines, celles avec qui je faisais des bras de fer ou celles avec qui j'arrondissais la dépression à coups de parties de jambes en l'air. Il arriva que je fis les deux avec certaines...
Le temps du Grand Bordel, de la déliquescence. Toutes les nouvelles molécules inondaient nos soirées, entre lumières criardes et coupures d'électricité. Je buvais, je gobais, je buvais, je gobais... Comme tout le monde, je ne voyais pas le Blob froid, je ne sentais pas l'odeur rance d'Amok, je me moquais du Petit Jésus parce qu'il était à l'autre bout du monde...
J'étais obsédé par mon acné, la musique, les soirées délirantes... Ça s'en ressentait dans mon job dans un fast-food. On ne m'avait jamais retiré de la cuisson des steaks. J'étais juste bon à ça. Jusqu'à ce soir où je transpirais dans l'air brûlant et graisseux et que mes yeux, tout comme ceux de mes collègues, se posèrent sur les images de cette tempête de feu. Toutes les forêts de la Côte Atlantique étaient passées au lance-flammes à l'échelle nationale. Une muraille de feu se ruait sur 800 kilomètres, d'ouest en est, sur tous les arbres, les cultures, le bétail, les fermes, les villages puis les villes...
Ce fut sur cette image terrifiante que l'écran s'est éteint, que les lumières, les plaques, les fours et les frigos s'éteignirent. D'un coup. En une seconde, nous étions figés, salariés, managers, clients... Dans la lueur des écrans de smartphones et de phares de voitures, nous avons fait comme si nous pouvions réagir comme en temps normal. On évacua les clients. Djam, notre manager nous briefa, nous demanda de faire corps, d'attendre sagement jusqu'à ce que l'électricité revienne. Mais avec les connexions satellites, les uns et les autres pouvions voir sur nos smartphones l'immensité du collapse que nous vivions...
Extinction des lumières. Longue nuit à tous.
👉🏼 Texte additionnel à mon livre Notre République

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