Les filles à Saint-Trop' - Souvenirs sans intérêt 1


 Impossible de faire une grâce matinée dans la tente tellement on y crevait de chaud... Une nuit alcoolisée. Couché 6 heures. Réveillé à 8 heures sous la chaleur accablante du soleil méditerranéen... Je jaillissais en trombe à l'extérieur, tel un nouveau né chopant son premier souffle. J'étais trempé. Ils dormaient encore, assommés par l'alcool, le shit et les pilules. Ça martelait le crâne et ça décuplait les crissements de pneus, les chants des oiseaux et la voix sur-aigüe de la Hollandaise aux culottes XXL sur la corde à linge.

Luisant, je me traînais jusqu'au auvent de la caravane, j'ouvrais le frigo et en tirais Vache Qui Rit, bière et saucisses Herta. Le pain rassi du barbecue de la veille faisait l'affaire pour les tartines. Avec un peu de chance, il restait un fond de café à finir froid pour dégager le gosier... Gluant. C'est ce que j'étais.
Mais qu'est-ce que ça veut dire de donner le meilleur de soi-même ?! Si c'est le meilleur, on se le garde ! On ne le donne pas ! Seulement là, j'avoue, je n'avais rien de meilleur en moi-même. L'haleine acide, les mains tremblantes, j'arrivais à peine à me souvenir de mon retour dans la tente... J'avais juste en tête le moment où on quittait le camping pour rejoindre les filles à Saint-Trop'. De le dire, ça me fait penser à un cliché et pourtant, je l'ai bien vécu... Aucun souvenir. Encore aujourd'hui, c'est une nuit dont je ne me souviens pas mais qui m'avait laissé une sensation de honte, de mal-être et d'inquiétude digne des pires soirées d'ivresse de ma vie.
Quand les sirènes de police ont hurlé à l'approche du camping, je me suis dit que j'étais fait ! Je ne savais pas pourquoi mais je tendrais mes poignets aux menottes sans rechigner... Il s'est avéré qu'ils n'étaient pas là pour moi. Il venait cueillir un des dealers du camping qui manquait, il est vrai, de discrétion.
« Putain Léonel !!! Tu l'as fait ! »
Grand sourire du gros Fred, heureux d'une action dont je ne me souvenais pas.
« T'as pécho Hélène !! »
J'ai plongé mon visage dans mes mains pendant qu'il riait à gorge déployée.
Pas Hélène ! Non !
« T'as tout donné Léo !
- J'ai donné le meilleur de moi-même ?
- Mais ouais ! C'est ça mon ami ! Le meilleur de toi-même ! »
La honte et le dégoût se transformèrent en torrent de colère giclant dans tout le corps ! J'avais tout donné. J'étais foutu. Humilié. Ma vie n'était plus qu'un échec définitif....
Et puis, la bière aidant, la tartine à la Vache qui Rit et sa saucisse Herta entre les dents, je suis passé à autre chose, déterminé à profiter à fond des derniers jours de débauche déglinguée dans la chaleur alors agréable de la côte varoise.
Extrait de "Souvenirs sans intérêt

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