L'âge de vivre avec les maladies
Et il déballait ce Mimou, une miette de joie et de force dans la torpeur. Campé sur ses immenses jambes, il sautillait au milieu du rade, le torse puissant bombé, la peau brune laquée de lumière crépusculaire :
« et maintenant, c'est l'âge de vivre avec les maladies qui faisaient peur. Comme un marché de Noël qui jadis était saupoudré de vraie neige… J'aimais ça même si les blancs me regardaient de travers. Je les aimais pour leur gentillesse un peu pincée, leurs gestes gênés, leurs mots hypocrites de pleutres craignant que je les mange tout cru ! Ça sentait les saucisses grillées et le fromage fondu. J'y ai découvert l'ivresse, les danses endiablées sur des tubes de l'année. Ça sentait le tabac. On n'osait pas dire qu'on souffrait d'un cancer. Les tabous étaient partout… Des grains de sable qui s'insinuaient partout, dans les fringues, dans les yeux, dans les entrailles. On en avait partout oui. Des tabous. On ne disait pas ma couleur. C'était gênant, c'était pas bien d'après ce qu'on disait à la télé. À Paris, ils disaient que c'était mal. Paris, c'était le New York français. On le voyait dans les films. La ville crade, les pavés luisants des champs sous les roues d'une berline blanche des années 50. C'était le bon vieux temps, le temps où on ne disait pas ses souffrances, où on rongeait son frein, où on respectait les vœux du président de la République. C'était bien rance, mais au moins, on n'avait pas connu la lumière et l'illusion de liberté. Aujourd'hui, le rance est là, ça se voit sur vos gueules ! Vous recommencez à ne plus oser dire la couleur de ma peau ! C'est pareil, tout pareil avec la petite différence que maintenant vous pouvez vous agglutiner comme des mollards sur les réseaux sur-énergisés qui vous lobotomisent par le scroll! “
Et puis il se taisait et enfonçait ses lèvres épaisses dans sa pinte de bière. Le regard vide parfois accroché par une belle action avec le ballon projetée sur l'écran accroché au-dessus du bar. Son grand corps s'avachissait, dessinant dans la pénombre la silhouette d'un homme usé.
Extrait de mon nouveau projet en cours de production...
Précision : j'écris sans IA depuis 40 ans. Et je n'ai pas l'intention de changer ça.











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