Andy Vérol à Gwada (1) | 31 janvier 2010

J'arrive à Pointe-à-Pitre. Il fait une chaleur moite, une chaleur de merde, une ambiance tendue. Je suis le seul blanc dans ce quartier, sur ces trottoirs défoncés, parmi les cases en bois dégueulasses squattées par des miriades de mecs bien costauds, bien silencieux à mon passage... sifflant des "timbales" de rhum blanc "1er prix" du Cora près de Gosier. J'amène toujours la cargaison pour me faire accepter par les "hostiles", comme je les appelle. Il y a Joras, un métis pas malin d'un mètre quatre-vingt, qui porte des tongues en bois, parle avec un accent hardcore qui m'interdit un mot sur deux prononcés. Mais Joras, contrairement à 90% des personnes qui croupissent dans le besoin, le long de cette rue, il aime les blancs, "et su'tout les blancs comme toi, toujours genti' qui s'donnent des airs de méchants".
Mais rien ne fera obstacle à mon envie de me fondre dans la lie locale. Croupir avec, vieillir avec. Suer à ne rien faire, à me faire reluquer comme un cancer accroché au ventre d'un bébé. J'ai vissé mes écouteurs de MP3 dans mes oreilles défectueuses, j'écoute Cornelius de The bloody beetroots, un truc complètement prohibé dans le secteur. Une house-techno lourde plutôt aux antipodes des "zouks" rabattus à donf' dans l'coin. Moi j'aime pas leur musique. ça me fait le même effet que du Cabrel, de la musique classique ou des musiques d'attentes... Bref, ça me noie, ça m'enduie de pourri, ça m'enkylose la gueule... Je rumine comme les connes de vaches à cornes qu'ils attachent dans les champs, par ici, un peu partout où un carré d'herbe émerge... Hue.
Joras me tape dans le dos et me présente Turenne: "L'a de la bonne beuh Tu'enne".
Ok, j'en achète. J'en ai besoin. D'un ou deux ti'punch aussi, car, ce soir, j'ai la ferme intention de me taper une locale, même s'il faut lâcher des thunes pour ça, je veux sauter une locale... dans une de ces baraques typiques, un peu trop pourrie de ce quartier "ailleurs".
Andy Vérol

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