Andy Vérol à Gwada (3) - "télécharge la sonnerie "pet" sur le portable de ton beau-père qui t'a violée" | 01 février 2010
Finalement on bifurque. Turenne, en inconstant glandeur qu'il est, décide que nous n'irons pas au combat de coqs. L'idée ne me plaisait pas trop. Pas tant que la violence et le sang des bestioles m'émeuvent, mais plutôt que j'apprehendais les grosses odeurs de sueurs des mecs qui parient et leurs hurlements fanatiques et tarés.
Etre bourré à Gwada, avec la chaleur, la lenteur, les langueurs et le "cool" discret qui se dégage des habitants, c'est comme devenir hippie par surprise, c'est comme écouter The People de Common sans fin...
"Marre de ceux qui ça s'la pète? Charge la sonnerie "pet" sur leurs mobiles, et fous leur la honte en public. Tape 36 400 et tu chargeras toutes les sonneries "pet", sur SON mobile! Tape 36 400, et charge la sonnerie "pet" sur le mobile de cette pétasse qui t'a plaqué... Tape 36 400 et télécharge la sonnerie "pet" sur le portable de ton beau-père qui t'a violée, tape 36 400, et télécharge la sonnerie "pet" sur le mobile de cette fille qui porte une Burqa, tape 36 400, et pour 69 dollars le SMS, tu pourras télécharger la sonnerie "pet" sur tous les portables de ceux que tu détestes. Au lieu de crever les pneus de la bagnole de tes profs, télécharge la sonnerie "pet" sur leur portable, en tapant 36 400. Terminé la peur de se faire attraper, avec la sonnerie "pet", tu peux te venger anonymement et détruire la vie de qui tu veux. Télécharge la sonnerie "pet", en tapant 36 400, 69 dollars par SMS, et humilie qui tu veux, sans jamais assumer tes actes. Tape 36 400, et ruine tes cons de parents, tape 36 400, et peut-être tu parviendras à sortir de la depression en ruinant la vie de quelqu'un que tu aimes ou que tu n'aimes pas!"...
Puis ça enchaîne sur les clips en boucle de MCM: Lady Gaga puis Black Eyed Peas puis un truc un peu zouk, un peu R'n B aussi... Oh putain, j'ai comme la nausée des clips...
Je sursaute. Fait une chaleur à crever dans cette case. Il n'y a que du bois sali par l'humidité, un sol blindé d'échardes. J'enfile les tongues trop grandes que ce couillon de Turenne m'a filé. Je dis couillon, parce que c'est ce qu'il est. Je m'emmerde. A Paris, il n'y avait que des cons... Mais, ici, c'est la même... Enfin, c'est l'effet du rhum. A longueur de journée. Le temps n'est plus le même. Les migraines succèdent aux défonces qui succèdent aux migraines. Aspirine. Piqûres de moustiques et Dengue en perspective.
Il y a un verre de jus de mangue fraîche sur la petite table. C'est une gamine de douze ans qui l'a posé là. Une des soeurs de Turenne je crois. "Me'ci", je dis en tentant d'imiter l'accent créole.
Joras déploie sa grande ombre sur moi, bien calé dans le cadre de la porte: "Tu vas pas squatter ici toute la vie hein?"
C'est vrai. Quand j'étais un rebelle, je rêvais de niquer le monde. Maintenant, je m'aperçois, qu'il y a plusieurs mondes dans ce monde, et que je reste le même: alcoolique, déprimé, et bien incapable de profiter de cette profusion de vies splittées hors ma tête, tes mains, mais tu n'es pas là, je parle pense comme un morceau de variétoche... J'ai mis où mes couilles?
Andy Vérol











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