Andy Vérol à Gwada (7) - C'est à cause de ce groupe que j'ai failli devenir pédé... | 03 février 2010

Retour au Raizet. J’ai rejoint la bande de mes potos galériens dans un appartement ignoble perché au quatrième d’une de ces barres délabrées par les cyclones, l’usure, et la déchéance sociale… Turenne a les yeux rouges. Il n’a pas cessé de fumer en écoutant un raggamuffin’ saturé en « fuck fuck fuck ». Ici Gwada sent le shit, l’agressivité et le dégoût de l’état français.

J’aime ça.

Je suis vautré à côté de Joras, sur un énième matelas dégueulasse. Je suis stressé parce qu’une journaliste m’a laissé un message pour me dire qu’elle allait m’attaquer en diffamation. Ils ne savent faire que ça contre les billets d’humeur qui les mettent en cause, ces journaleux. D’autant que cette nana bosse dans un magazine qui passe ses pages à diffamer, du moins baratiner, inventer, faire « des hypothèses » sur la vie malheureuse de célébrités people ou non… C’est eux qui, au nom de l’info, te prennent le mec politique avec sa maîtresse ou le chanteur sur une civière en photo.

En France on ne touche pas à  un certain nombre de classes et de castes : les bourgeois et leurs communicants que l’on nomme de façon si éhontée, et trop souvent, des journalistes. Ces derniers ne sont pas toujours des boulets. Certains même font bien leur travail, comme sur Mediapart, parfois le Monde, Le Canard Enchaîné, et j’en passe… Mais une grosse majorité, tels les journaleux de TF1 ne font que du « ce que les gens veulent savoir, ce qui les intéressent ».

Bon tout ça est de ma faute. Joras fulmine : « Mais c’est toi qu’a éc’it sur Noi’ Dési’ et ce ta’é de Be’t’and Cantat ! »
Il a raison ce con parfois. J’ai tendu la canne pour me faire battre avec cette biographie… J’aspire une grosse bouffée du splif avant d’avaler un verre de rhum tiède cul-sec. Je demande son iPhone à Turenne. Il me le donne sans rechigner. Je me connecte et efface le billet incriminé illico. M’en tape les fesses de parler de cet article dans ce magazine que je ne lis pas et ne lirai jamais.

A Gwada, je suis loin de toute cette mouise. VoiciPublicElle et tant d’autres torchons ont repris des propos que je n’ai jamais tenus sans m’en référer, pompant lamentablement les papelards de leurs collègues-ennemis. Voilà de l’info, de la vraie. Une flaque de vomis, sur le pallier de la porte. Je me tiens contre le mur. Le dernier rhum n’est pas passé. Le message de cette meuf non plus. Les menaces de mort, de procès, de représailles, et autres intimidations qui ont jalonné l’année 2009 ont peut-être fini par flinguer définitivement ma virulence. Cette biographie de Noir Désir, c’est devenu cette semelle pleine de merde que je traîne jusqu’à un entretien d’embauche. « Fuck fuck fuck, bollocks », qu’il grommelle le chanteux dans l’poste à fond.

A 17 heures, je serai au Tam-Tam, le grill qui pue le graillon de Gosier, mais qui est bon, copieux et pas cher… Ce qu’ils disent dans le Guide du Routard 2010. J’y bosse durant quelques jours en tant que serveur. Il faut bien que je change d’air. Que je gagne les sous dont j’aurai besoin pour payer ces procès de merde… La patronne est costaude et froide au premier abord. En fait, elle est froide tout le temps avec moi. Sa motivation à m’embaucher était ma couleur de peau : un blanc… « Un sale blanc » comme elle chuchote nerveusement aux autres serveurs noirs.

J’aime ça.

C’est ce qui me plait à Gwada : la haine légitime que porte beaucoup de noirs à l’encontre de ces blancs qu’on peut diviser en deux catégories : les connards de touristes et leur arrogance légendaire, et les Békés, ces autochtones blancs qui possèdent toutes les richesses et exploitent la population noire depuis son arrivée façon esclave, il y a quelques siècles. Cette patronne est membre du LKP et pense que rester sous l’égide de l’état français n’a pas plus d’intérêt que d’être indépendant. Je lui ai dit, hier soir, que les aides sociales entraient sans doute dans la balance. Elle m’a fusillé du regard et postillonné un truc du genre : « Toi Vérol tu ne comprends rien ! T’es comme tous tes collègues, tu penses que des idées pareilles c’est permis ! Tu penses que tu es un homme bien, mais tu es comme tous les autres de ta race, t’es un esclavagiste repenti, à genoux… TU ES LE PASSE DE LA GUADELOUPE ! »

Merde j’étais d’accord avec elle, mais elle ne comprenait pas que je kiffais sa férocité, sa puissance, son charisme.

Toute la soirée, je sers des grillades à des cons.
En rentrant dans ma pauvre piaule, j'écoute Big mouth strikes again des Smiths... C'est à cause de ce groupe que j'ai failli devenir pédé... il y a quelques années...

Andy Vérol

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