Que des élèves nazis qui me regardèrent avec bienveillance | 14 mai 2010

« ... les livres. J'aime pas lire parce que chez moi, on n'aimait pas ça. Mon père était plutôt branché sexe et pêche, si tu vois ce que j'veux dire, et ma mère torchait les gosses, préparait la tambouille... Son seul loisir, c'était comme toi, le vin, rien que le vin.
- J'aime aussi la bière, le whisky, le saké, la vodka et le rhum.»
Elle rit de bon cœur. Sa voix devint lointaine avant d'être inaudible.
Dans ce couloir, on croisait des gens, de plus en plus nombreux. Certains avec des étoiles jaunes cousues sur leurs tee-shirts, d'autres arborant des brassards affublés d'une croix gammée. La plupart d'entre eux étaient jeunes, parfois ils étaient noirs, d'autres fois, ils étaient blancs comme du lait. Mais ils étaient jeunes. Ils se croisaient sans se parler ni se regarder. On m'attrapa le bras. Un homme d'une cinquantaine d'années, chauve avec une barbe et une blouse, blanches, m'attira dans une salle de classe. Il n'y avait que des élèves nazis qui me regardèrent avec bienveillance. Je n'avais jamais imaginé ça. Dans l'inconscient collectif, ces gens représentaient le Mal personnifié. Ceux-là étaient gentils, attentifs...
« Voici Nélo... C'est un couillon... qui aime se foutre de la gueule du monde... »
L'homme à la barbe était Dunkerque, en vieux... Tout du moins quelqu'un qui lui ressemblait fortement. Peut-être son père, ou son grand frère.
« Vous avez un cancer. »
Mon cœur se mit à battre trop vite. On m'annonçait ça par un chuchotement qui chatouilla mon oreille droite. A ma gauche était assise une métisse à la coupe afro portant un tee-shirt aux couleurs de Marseille. Elle me parla à voix basse, pendant que le mauvais clone de Dunkerque déroulait un cours sur les incidences d'un cancer sur la température du corps. Elle avait une voix assez désagréable, ce ton particulier que certains banlieusards ont... D'un ton agressif : « Tu vois moi mon film préféré, c'est Little Odessa... C'est avec Tim Roth, c'est chaud comme film. C'est un juif qu'est tueur à gages et qui tue son frère. »
J'étais mal là. C'était malsain, étrange. La migraine n'arrangeait rien, si bien que je me levai et sortis de la classe. Jocelyne attrapa de nouveau mon bras et m'inonda de son flot de paroles :
« ... au ballon. Ils étaient tous fans de Marseille alors qu'on vivait en plein 20èmearrondissement. C'est à cause de ça qu'on a du déménager à Provins...
- Hein? A cause du fait que vous étiez supporters de Marseille?
- Mais ouais! Dans l'immeuble, y'avait une tripoté de gars du Cop Boulogne, et nous avec nos têtes de moitié métèques, moitié riens, on était mal vus. C'est pour ça aussi que papa nous avait élevé dans les traditions des supporters de l'OM...»
Elle ne savait donc dire que des conneries, et je n'eus pas d'autre choix, pour la faire taire, que de lui reprendre la bouche et la « languer » goulument...
On attrapa mon épaule et on hurla : « Les nazis de nos jours, ça fait partie de l'Histoire comme les gladiateurs ou les chevaliers au Moyen-âge ! »
Jocelyne passa la langue sur ma joue : « Finalement j'aime le goût de ta picole mon ronron, t'es mon beau jeune ronron hein ? »
L'effet que pouvait me faire une femme à barbe. Je pensais à ce cancer qu'on m'avait annoncé comme ces vieux hommes sérieux nous promettaient la mort après le réchauffement climatique...
« Certains écolos d'aujourd'hui sont nos nazis de demain mec ! »
Il avait une étoile jaune et la peau noire. Il ressemblait à Obama habillé comme Arafat...

Extrait du roman en cours d'écriture: Le Goût Amer de l'Amande
Andy Vérol

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