La défonce est un état débile | 01 juin 2010

Les gars riaient dans la brousse de leurs moustaches. Il y avait quelque chose d'électrique. Ma tête allait de plus en plus mal. Les ivresses successives, le manque de sommeil et cette histoire passée m'anéantissaient rapidement. Dunkerque se faisait un point noir niché sur le haut du front, face au miroir qui lui servait de cireuse à Narcisse. Par intermittence il regardait dans ma direction... avec condescendance. Je prenais conscience, peu à peu, que j'avais basculé.

« Michel n'est pas là ?, demandais-je à Jacques, l'ex-routier ivrogne.
-         Ben c'est à moi de te d'mander ça...
-         Pourquoi ?
-         Ben tu traines avec cette folle depuis le début. Moi je sais pas, je croyais que t'étais en couple ma poule.
-         D'où tu m'appelles ma poule ? Tu sous-entends quoi là ?
-         Ben que t'es peut-être de la jaquette.
-         Bouffer le midi avec un collègue, ça fait de moi une tarlouze ?
-         Avec un vampire pédé, ouais ça fait de toi une tarlouze... »

Le sang est parfois un poison qui noie dans le cerveau. Malgré sa tête de con, je ne parvenais pas à le haïr. Les mains puaient, transpiraient, la tête tournait. Tous les objets métalliques brillaient, m'en mettaient plein les yeux... Me faisaient tanguer. Je filmais mes palettes sous les rires tonitruants des fantômes des collègues qui dansaient autour d'eux. C'était nul comme sensation. La défonce est un état débile dans lequel on se plonge lorsqu'on s'aperçoit qu'on n'accepte pas d'être un foireux. C'est l'orgueil, pire, la prétention à être au-dessus du lot qui fait boire, fumer, se piquer, sniffer ou gober... En aucun cas il ne s'agit de vivre « une expérience »... Je buvais à outrance par orgueil : « Je ne suis pas cette merde qui bosse dans un entrepôt avec une poignée de connards... Je vaux bien plus que ça. Je suis pas une daube comme eux... »
Extrait du roman en cours d'écriture: Le Goût Amer de l'Amande
Andy Vérol

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