Et même avec un cancer, même avec sa carte FN | 17 janvier 2011

A 300 km/h je dis que 300 km/h, on s'en branle... Et si l'essentiel n'était rien d'autre qu'une bonne balle dans la gueule? Des tonnes de connexions dans ton cul... Y'a rien, juste des envies de parler à Halicante, Ali Kante, celui qui enculait Benjamin derrière l'église en faisant semblant d'implorer dieu, pour se faire pardonner...
La route est longue pour celui qui veut se taper un mur, se sauter une pute squelettique dans un motel à la conne, les crouilles qui bédavent devant l'arrêt de bus et le vent de sable crispant, qui s'insinue dans les pulls, les traitrises, l'humide des yeux qui chialent...
Je n'ai pas calculé daddy, j'ai rangé ses manies dans l'écran plat, avant de lui donner la jute géante dont il rêvait toute sa vie, tout au long de sa vie... Et même avec un cancer, même avec sa carte FN, y compris avec son refus de faire le tri sélectif et parler foot avec des blacks et des rebeus, daddy, je l'aimais...
Je lui aurais donné une place au paradis, des soins pour ses poils, des morceaux de terrine sur les murs de son auto-prison... Pris au piège... ça puait le tabac jusque dans la chambre des exécutés à mort... ça sentait le bourgeois derrière le plexiglas, le gland doré à l'arrogance des friqués qui jouent aux bons jouisseurs... J'aurais voulu donner une pipe, des espoirs et un amour de sa vie à daddy... des week-ends pourris en Bretagne, des expéditions en Australie... parce que même si daddy défonçait les "gnoules", qu'il levait le bras aux meetings d'"Fière Europe", qu'il rêvait de camps de concentration, qu'il sauvait des mouches et défonçait des bars, je l'aimerai à jamais...
Bien sûr que je n'étais pas d'accord avec lui, bien sûr qu'il avait défoncé Malik, mon meilleur poto, quand je l'avais invité à jouer des platoches à tek à ma maison, bien sûr qu'il n'écoutait que du vieux Oï dont plus personne ne se souvient, mais j'aimais daddy...
Dans la chambre du fond, les murs, dans la pénombre, dégoûlinaient ses nerfs projetés, extirpés de son corps écorché... Daddy avait construit sa vie comme un sketch et s'était noyé dans les voix nauséeuses des sirènes mâles... Mets-toi à ma place... Il faut prier... j'ai l'gun, j'ai l'gun, j'ai les genoux dans la moquette qui rougissent ma peau, qui arrachent mes petits poils... j'ai le matelas sueur, les sourires de "condamneurs", j'ai les chars à l'entrée, les flics en joug, j'ai les négociateurs et les tireurs d'élite campés sur les toits... J'ai ça, c'est pour toi daddy, j'ai la musique exacte des massacres dans la tête, j'ai tes entrailles, ton sexe découpé, j'ai ma soeur qui hurle dans son chiffon, le train électrique près du placard plein d'autocollants de foot et d'héros dessinés, j'ai aussi la lumière verte de mon plafonnier tressé...
A presque deux heures du matin, je sens les comètes qui tournent tout autour, les envies de suicide, les yeux blancs et le téléphone qui sonne... J'ai les monstres et les femmes, j'ai mon treillis et le goût du sang, j'ai une rivière de tristesse qui dévale mon corps... Daddy sourit presque, la machoire découpée comme du jambon, du bon porc travaillé par un boucher de quartier... Et ma soeur que je supplie au silence, les hélicos qui couinent en haut, les bouteilles fracassées, la télé à fond pour couvrir hein le son hein des veines qui "bullent"... Détails, les paysages sont sordides... ce lac ressemblait au lac de mes rêves, une brume bruyante par son silence le ciel par terre le sol aux cieux... Je chiale, range la flinguasse dans mon Dim et attends l'assaut final...
Fin d'un roman qui ne m'a causé que des emmerdes depuis cinq ans et qui ne sera jamais publié: Je suis un homme clitoridien
Andy Vérol

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