Un chandail, noir, pour l'enterrement du mort-né... | 10 juin 2012
Une route ruinée et toujours papy, les lunettes au bout du nez, la tête penchée sur ses pièces de puzzle. Le tic tac de l'horloge - qui m'a toujours suivi partout comme pour me tenir vivante - embellissait la pièce, donnant des micro-pichenettes à la planche translucide de lumière solaire, une apparence de micro-bonheur. Je tricotais dans le rocking chair... Un chandail, noir, pour l'enterrement du mort-né...
...qui se tiendrait le lendemain. J'avais un brin de tristesse, et quelques douleurs. Mais depuis que le papa était mort au front de la guerre inconnue, je ne me berçais plus de dépression. A la télévision, ils disaient sans cesse: "Si nous faisons ensemble les efforts nécessaires, alors nous nous en sortirons"...
...Malgré la télécommande, je ne pouvais échapper à ces mots sombres: "Il faut rembourser les erreurs de nos ancêtres. Il n'est pas possible d'effacer quelque chose qui nous ruinerait plus encore"... J'éteignais finalement. Papy râlait par instant. Avec ses grosses mains, ses yeux bleus entrés si beaux et ses rides parfaites, il me rassurait. Son corps de vieux était une gentillesse dans ce monde interrompu. Les fenêtres étaient toutes ouvertes afin d'affronter la chaleur infernale avec un filet d'air qui rampait jusqu'à la maison...
J'avais du abandonner la maison et revenir dans le nid asséché de mon enfance.
Andy Vérol











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