Des p'tis combats sur la citoyenneté | 11 septembre 2012

Avec ce truc, je me rappelle d'un mariage dans un resto qui puait le pourri des zones humides du Nord-Ouest, d'une soirée où daddy préférait se déchirer la tronche avec le rougeot de beau-papa de la mariée et lui dire: « t'es belle hein ma salope »... Thierry Roland était encore un néo-nazi que les fans de foot adoraient.  Je me rappelle que la salle de danse qui ressemblait à un salon éclairé au lustre à mémé, était vide et mon cul posé sur une chaise au pose-cul en osier, le reste en marron. Tout le reste en marron. Alors un « vieux de 16 ans » est venu danser comme une pédale, un bougnoule, une raclure, une chiasse à abattre. Avec son maquillage, son rouge à lèvres, son crème  grasse et blanche étalée sur son visage… Avec ses souite cherte – comme on disait alors – et ses pantalons éclatés par des élastocs aux hanches, j’ai rencontré mon premier dépressif occidental de ma vie, celui auquel je voulais ressembler au point d’en ressentir du désir, pendant que daddy défonçait maman des fois après des soirées, entre couilles, entre hommes «qu’aiment le foot et laissent la grogniasse à la maison »…
C’était l’époque où on s’en foutait pas mal d’avoir un frigo dans chaque maison, mais on n’acceptait plus qu’une canette de binouze ne soit pas fraîche. Il dansait sur ce groupe de dégénérés. Personne à Nouzonville ne connaissait ces trucs dégueulasses. On était anti-pédés, mais on payait ses travelos. On n’aimait pas les salopes, mais on baisait des putes. On était dans un République Islamique de 2020 : la verge tondue, la chatte cousue. Et ce mec qui dansait avec son rouge à lèvres et qui s’en branlait bien d’être marié, d’être pédé, d’être accepté… Et moi le cul sur cette chaise à attendre Daddy, je le regardais avec gène, fascination et avec la haine de ces tondus de la vie qu’on voulait absolument foutre dans la mare à merde.
J’avais envie de dormir jusqu’à la mort… alors je suis devenu écrivain, rien que ça. Plus rien… J’étais devenu le vieux de 16 ans dansant comme une pédale, un bougnoule, une raclure, une chiotte à abattre, un écrivain gratos… ultra connu. Par des vieux de 16 ans qui finirent par avoir 40 – 50 ans se rappelant leur jeunesse minable sous le prisme des écrans, des écrans, des écrans – « et pourvu que mes enfants me sauvent hein ? » - des fiches d’impôt… des p’tis combats sur la citoyenneté… en murmurant chhheee dit : « la nuit est lourde, j’veux me sentir bien, bonnes vacances… Des histoires de maison de campagne… »… Tu es dans le salon marron avec le mec maquillé seul au mariage des rougeots… Et tu votes, tu connais des bons bars, des bibliothèques, et le foot c’est palace, la banlieue, ça fait un peu peur depuis que des débiles arabes sont venus représenter le bougnoule caricatural de Cergy, de Poissy, de Mantes ou de Dupont de Ligonnès…
Tu y étais ce soir là du milieu ou moins, des années 80, pour me juger mon Je Suis Ecrivain
MOI, la gueule pleine de sueur au matin, tiens spirine
Andy Vérol

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