La panique se lisait dans les yeux judas
Et ça sentait cette odeur de fin de quelque chose. Les soirées barbecue avaient perdu de leur charme. Peut-être pas. Peut-être un peu. Les darons avaient pris de l’âge et du bide. Et comme tout vieillissant qui se respecte, ils étaient un peu réacs. Forcément, on savait s’amuser à leur époque. On faisait des conneries, mais ça n’allait pas au niveau des sauvageries de toute cette racaille. Sans le dire, sans même en avoir conscience, ils tombaient dans les travers qu’eux-mêmes avaient combattus durant leur jeunesse.
Les cigares avaient une odeur de pet, mêlée à celle du café : ça filait la nausée, même en terrasse, malgré le fumet de chipolatas qui se dégageait du barbeuk. Ça n’était plus pareil. Les jeunes ne fumaient plus le cigare, ne baisaient plus comme eux. Leurs pratiques leur faisaient peur à eux, qui bandaient de plus en plus mou et jouaient les Je-sais-tout, suçant le fion de leur cigare et rotant leurs saucisses, leurs chips et leur tapenade. Bien sûr, c’étaient de bons gars. Ils étaient à la manœuvre tout en jouant les victimes de leur temps.
Il y avait la peur chez beaucoup et l’inquiétude chez ceux qui pensaient encore s’en sortir. L’approche de la ligne d’arrivée, la frontière de la mort, les rendaient plus acariâtres, dérangés surtout par un avenir auquel ils ne participeraient pas.
Dans le fond du jardin, quelques enfants jouaient quand les adultes palpitèrent violemment en regardant leurs smartphones. « Connecte toi à n’importe quelle chaîne de télé… Ça y est… Nous sommes en guerre. »
L’électricité fut de plus en plus coupée. Il fallait avant tout alimenter le complexe technologique militaire… On ne savait plus vivre sans électricité. On errait, on cherchait de l’eau, on allumait des feux pour purifier la flotte, faire à manger et boire. Il fallait du feu et trembler comme une feuille. La peur était là. La panique se lisait dans les yeux-judas de tous les citoyens post consommateurs.











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