Ses lèvres étaient mousseuses
Il fallait toujours dire la vérité. C'était un principe sacré, intouchable, puissant. Nous étions fondés là-dessus, tout comme l'ennemi d'ailleurs. Tout le monde était pour la vérité, alors il fallait bien faire quelque chose pour éviter le mensonge. Il fallait que la vérité soit celle qui pouvait effacer le mensonge.
L'Indien était celui qui disait la vérité millénaire, un natif doublé d'un Québécois, de la pure eau-de-vie flambée. La plupart du temps, je le croisais au garage, à bricoler des moteurs, mais un matin, très tôt, tandis que je pissais sur le pylône en face du dortoir, je le vis passer, traînant un soldat ennemi sur le sol.
C'était aussi cruel que luisant, une rivière de sang et autres chairs. Ses yeux étaient fous et me fixaient. Ses lèvres étaient mousseuses. « Ça, tu vois, c'est une tradition ancestrale dans ma communauté. » Et il déroula si bien son histoire que je finis par le croire... La vérité disait qu'il n'y avait pas de mensonge.
Personne n'échappait à cette logique, alors permettez-moi de rire quand vous m'ordonnez d'avouer. C'est ce que je fais là, à l'instant, depuis des heures, avec vous, et vous semblez parfaitement me croire, sinon vous m'auriez déjà fait payer très cher une fausse déclaration. Je suis au courant. Le monde a toujours été comme ça. Une vérité pour chacun, et pourquoi pas plusieurs ? N'est-ce pas ?











Commentaires