Fin du monde jusqu'au bout de la nuit
« Au dortoir, le pire, c'était de se réveiller et d'entendre le voisin de lit se palucher au souffle excité. Pour le reste, ça n'était pas pire qu'ailleurs. Nous n'étions pas en première ligne, nous n'étions pas fagocités par la vie éreintante de serfs dans les usines d'armement et dans les champs poussiéreux.
Si j'étais de permanence, je pouvais sortir de la caserne à condition de garder l'uniforme d'apparat. Nous étions des publicités vivantes pour le bureau des recrutements. Dans les rues, les bars, les restaurants et dans les boîtes de nuit, nous étions les rois. Notre solde nous rendait plus riches que tous les besogneux et autres manants de la ville.
Enfin, je dis la ville, mais il ne s'agissait que de la partie autorisée, à l'est. Là où l'on parquait les trois quarts de la population. Rien n'était plus éreintant que des perm's dans ce tourbillon de débauche totale. Fin du monde jusqu'au bout de la nuit, à sniffer, danser, jouir, profiter, s'éclater avant de retourner à la caserne. Le cuir, le nylon, les peaux tendres, les peaux abîmées, les mannequins de rêve et les paumés, les abîmés de la vie, oui, qui venaient à leur tour goûter l'ivresse de la liberté… Ça ne prenait pas toujours une belle tournure… On en venait aux mains, aux armes blanches, aux bâtons et aux pierres. »











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