Un pourri comme les autres

 


« Je ne pouvais jamais être vraiment contrarié par un type aussi pur. Les soirées, quand la douceur rare d'un printemps de quelques jours s'installait, j'ouvrais des bouteilles de vin et je roulais des splifs tordus mais chargés au maximum. Raoul en devenait presque normal. Mouais. Pas vraiment. Je crois que j'étais tellement défoncé que je le percevais comme un mec lambda.
Son père rappliquait parfois dans son habit de Président du Parlement. Un pourri comme les autres, mais fringué avec la plus grande classe. Le raffinement était à la hauteur de la putasserie corrompue qu'il incarnait… Mais avec Raoul, Charles de la Bonnerie, dont le vrai nom était Camille Ducoin, devenait aussi doux et attentif qu'un médecin pervers. Ses yeux rouges, posés sur des poches monumentales qui se cassaient la gueule sur de grosses joues, dégageaient une affection de tortionnaire énamouré. Il s'attendrissait à la vue de ce fils qui aurait 17 ans jusqu'à la mort. C'était ce Charles qui ordonnait d'asperger d'essence les prisonniers de guerre pour y craquer une allumette… Sur la place publique… Face à une foule silencieuse, effrayée, rigolarde et déshumanisée. Pour améliorer ce "spectacle", il faisait venir des jongleurs qui s'exécutaient en cercle autour de la silhouette enflammée.
Ils aimaient jouer aux échecs tous les deux. Sous cet abri en bois couvert de lierre, isolé au fond des jardins. Au son des oiseaux. Au sifflement léger de la brise. Sous les vols désordonnés des papillons, des mouches, des guêpes et des moustiques. Il existait cette jonction entre eux. Le jeu. Le damier. La lutte silencieuse. La conversation sourde dans le mouvement des pièces. Peu importait le gagnant. Ils étaient, pour moi, l'incarnation d'un retour éphémère à l'Humanité. »
Je vous livre tous ces mots de Cassidy pour que vous compreniez que vous n'avez pas des monstres pour ennemis.



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