La nuit devenait plus huileuse
« J'étais certain d'être du bon côté du mur, celui d'une des castes les plus puissantes du continent, qui possédait les plus grosses ressources d'énergie et qui maîtrisait parfaitement ses territoires. Le Scorbut 2039 y veillait. Et je courais pour la bonne cause. Je nettoyais des tranchées après avoir combattu des heures. De replis en assauts, je menais ma troupe vaillamment sous les essaims stridents de drones furtifs. Nous étions la caution humaine des combats. Nous étions la raison pour laquelle la population se tenait en ordre, besogneuse, servile, stupide. Il suffisait de les gaver des denrées produites dans nos usines pour les rendre aussi tendres qu'un morceau de bonne bidoche. À cela s'ajoutaient les images hypnotiques qui couvraient la paume de leurs mains et le verso de leurs lunettes.
J'étais du bon côté. J'étais sûr de retrouver mes jardins du Parlement. Ça soulageait cette détresse sourde qui grouillait dans mon bide.
Et malgré tout, à chaque retour dans mon oasis de nature, la douleur psychique était plus forte, brûlante, corrosive. Détruisant mon sommeil, crevassant ma peau de psoriasis piranhas, emplissant ma gorge de glaires et de bile... J'en perdais littéralement la tête. Mes mains ne pouvaient plus la saisir, si bien que, pour en sortir, je prenais mon petit miroir de poche pour faire réapparaître mon visage, mon crâne, ma conscience. »
Vous comprenez, ces mots de Cassidy résonnaient en moi, me perturbaient. La nuit devenait plus huileuse, plus trouble. Il était tout autre chose que ce que nous en percevions. Dans sa carapace de chasseur-prêcheur, il était flamboyant, charismatique, intimidant et enveloppant. Par ses mots posés dans ces cahiers, il était un homme rompu par la douleur.











Commentaires