Leurs espoirs avant une mort certaine
Bertrand est venu se planter contre la poutre qui supporte le toit de la vieille grange. Un lieu sacré qu'il profane par son attitude méprisante et hautaine. De me voir provoquer le sourire chez ces gens lui enlève un peu de sa gloire. Il s'ennuie. Il trépigne. Son projet de République accomplie, il s'en lasse, même si les combats sporadiques lui remettent du baume au cœur. Quand il noue à double boucle son écharpe bleue, c'est qu'il refrène sa soif de violence. Un seul geste, un seul coup injuste et son statut de leader sera réduit à l'état de copeaux de bois...
Même si j'étais le plus haut gradé de la troupe, jamais je ne prenais mes hommes de haut. Ils étaient trop nombreux à disparaître en un temps record pour que j'épuise leur moral et anéantisse leurs espoirs avant une mort certaine. Et d'avoir aidé cet ennemi à s'échapper s'était ébruité, déformé par la rumeur. Un commandement en sursis. Tant que les chefs constataient mes victoires, ils passaient outre ce qui était considéré comme une traîtrise.
Cette mauvaise réputation et les crises mentales majeures secouaient ma vie, et le ciel devenait gris, presque gras. Un gras à la couleur du ciment, aux senteurs de goudron... Les jardins étaient érodés à l'aile ouest par des travaux. La construction d'une salle de bal sur ordre du Président du Parlement. « Nous, gouvernants du peuple libre, nous offrons un lieu de fête à tous. »
Mon corps se couvrait de plaies et de cicatrices pour que ces "dieux terrestres" puissent construire un tel lieu plutôt que de donner les moyens à la population de se nourrir correctement et de signer un cessez-le-feu immédiat.
La guerre entretient les leaders criminels qui peuvent jouer de leur protection de façade pour empaler mentalement chaque habitant du territoire. Et Raoul m'approuvait chaque fois que je lui en parlais. Pour lui, chaque jour, cette critique était une nouveauté. Il voyait le monde dégradé, chaque fois qu'il se réveillait, comme une surprise. « C'est vrai Cassidy. Je ne sais pas pourquoi hier tout était plein d'avenir et pourquoi ce matin, y a plus que ça, ces guerres et les gens qui ressemblent à des encore plus fous que moi. »
Dans ma tête, toutes les pensées étaient rouges sang. À l'extérieur, c'était cette grisaille aussi grasse que du saindoux, peuplant indéfiniment le ciel. « Ah mais putain, tu vois pas qu'il fait beau ? » Raoul ne s'encombrait pas avec les souvenirs. La journée avançait. Il se réjouissait et je m'éteignais de plus en plus... »











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