L'odeur de crayon à papier

 



👉🏼 « L'odeur de crayon à papier. C'est la seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher. Le temps écorché sur toute sa longueur, je n'en avais plus pour très longtemps... Convoqué pour un scanner intégral, c'était sûr, éthique ou pas, Scorbut allait me griller. Mes états d'âme, mon désir d'évasion... Tout ça serait dévoilé, même si j'étais encore le chouchou du Président... et de Raoul... L'odeur de crayon à papier. On ne l'avait pas vu venir. En quelques mois seulement, ces monstres avaient piqué les emplois de dizaines de millions de gens... des centaines de millions... Une vague submersive de misère extrême et de riots complètement cinglés s'était répandue sur notre monde, effondrant les États, intronisant les milices au service des oligarques...
L'odeur de crayon m'enivrait, me portait au pupitre de la classe, dessin de savane créé au HB, brandi face à la classe. « C'est que vivent les fauves les plus féroces. Même s'ils sont dans des réserves, ils peuvent être très dangereux. »
L'odeur et le goût de crayon à papier, mâchouillé, salivé pendant les leçons de maths, l'œil perdu dans les calculs, les équations, ces drôles de formes, ces signes étranges... À ne savoir qu'en faire. Juste de l'angoisse, la peur d'échouer, de se faire gronder. Mâchouiller et sentir le crayon à papier, tétine de bois et sa mine croquante.
On n'avait rien vu venir. Faire la queue devant les soupes populaires, apprendre un décès chaque jour, crever dans son jus dans des appartements aux fenêtres pétées...
L'odeur de papier à crayon pour s'échapper. Là encore, à quelques jours ou quelques semaines du scanner, je m'oubliais avec ça, avec cette odeur, l'amnésie joyeuse de Raoul, et ce soleil qui brillait aussi par-delà nos frontières. Scorbut savait tout, voyait tout, y compris mes remèdes pour essayer de l'oublier.

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