Six heures pétantes, armé, emmitouflé dans mon uniforme
« Pars pas trop en couilles, Cassidy », c'est ce que Bertrand a osé me dire. À moi, le chasseur ultime. La rage est toujours en moi, elle vit dans ma salive, dans les recoins de mes gencives. Chaque matin, avant l'aube, je suis sur le pied de guerre, à mon poste. La tranchée Liberté. Six heures pétantes, armé, emmitouflé dans mon uniforme quand il fait froid. L'œil fixé sur l'ennemi qui ne bouge pas. Qui ne bouge JAMAIS ! Immobile, presque invisible. Mais je suis là et, au moindre mouvement suspect, ce grand prétentieux sait que je vise vite et juste. Il sait qu'avant, j'étais dans leur camp. Il sait que je sais tout d'eux. Leur manière de penser. Leurs tactiques. Leurs points faibles. Car j'étais devenu plus qu'un jardinier qui chouchoutait les plantes et qui assurait à Raoul un semblant de vie sociale, j'avais aussi pris du grade sur mes engagements dans la 5ème Brigade. Des fantassins pouilleux qu'on envoyait en première ligne pour faire la basse besogne. Il fallait avoir beaucoup de compétences en matière de nettoyage de boucherie…
J'étais arrivé au grade de colonel. Non pas parce que j'étais le meilleur des soldats, mais parce que j'étais le plus loyal et celui qui avait survécu au plus grand nombre de batailles, d'assauts, de contre-attaques et d'opérations commando.
C'est pour ça que j'enrage de l'entendre me parler comme un moins que rien. Je préfère étaler ma colère sur ces pages plutôt que faire un carnage qui contreviendrait à ma foi. Je pense à vous, à nous, maîtres et disciples mêlés dans une immense partie fine. Après tout, entre gens consentants aux pouvoirs et moyens égaux, nous pouvons nous nourrir les uns des autres dans le respect absolu de votre règne.
Ma foi. Toutes ces balivernes pour permettre à Notre République d'évoluer vers le meilleur. »
J'étais sidéré de lire ça. Malgré mon jeune âge, je comprenais tout sans savoir quoi faire. Je devais dire oui. Je disais non. À toutes leurs questions, je répondais non et, quand ils m'ont demandé si Cassidy était un traître, j'ai répondu non. Simplement. Tout le monde y passait. L'interrogatoire était musclé, vif, ordurier, traumatisant. Je n'ai pas cédé, voyez-vous. J'ai gardé tout ça pour moi.











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