Les coups de roseaux pleuvaient sur le dos

 

👉🏼 « Ils disaient que la veille d'aller à l'école, il fallait préparer son cartable... C'étaient des sortes de valises qu'on attachait aux épaules. Une valise à dos où ils mettaient des cahiers, des livres, des règles, des équerres, une trousse avec un compas, des stylos de toutes les couleurs, des crayons à papier, un taille-crayon et une gomme. Il fallait faire ça bien parce que l'instituteur se délectait du contrôle de cartables qu'il effectuait chaque matin. Si les cahiers étaient mal rangés, s'il manquait le moindre outillage, il remettait un ticket noir au contrevenant. Un blâme. Et pour cinq blâmes, une heure de colle. C'était le premier degré. Très peu osaient dépasser ce stade... Deux ou trois, cependant, étaient souvent blâmés, si souvent qu'ils atteignaient le deuxième degré. Ces enfants n'étaient pas particulièrement rebelles. Très souvent, ils suppliaient l'instituteur qui, bien sûr, n'y prenait pas garde. Il savait que ces oublis n'étaient pas si graves mais il voulait qu'ils soient les plus dociles et soumis...
Le second degré était le protocole du masque. Comme une heure de colle mais le visage enfermé dans un masque blanc, tourné dans un coin de la salle, sous le regard moqueur et sadique des soumis... Ça ne s'arrêtait qu'au troisième degré. À celui-ci, même les plus soumis écrasaient une larme tellement c'était terrifiant... En slip, toujours le visage enfermé dans un masque blanc, les coups de roseaux pleuvaient sur le dos du condamné.
Il était interdit de fermer et de détourner le regard. Il fallait regarder jusqu'au bout, jusqu'à ce que le battu s'effondre au sol en pleurant... L'instituteur tournait les talons, essuyait les roseaux avec le chiffon du tableau noir.
C'était à peine croyable d'entendre ces souvenirs...
Avant notre monde techno-contrôlé, il y avait un autre monde contrôlé... »

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