Toute roucoulade qui peut se terminer en Kompromat...

Léonel Houssam

 Au boulot, tout le monde sait qui est un con parce que le con, c'est celui qui aime bien ses collègues, parfois qui devient ami avec l'un d'entre eux ou bien plus encore. Pour eux, les cons, c'est nous, ceux qui n'aimons pas nos collègues, qui se tiennent à bonne distance de toute roucoulade qui peut, tôt ou tard, se terminer en kompromat...

👉🏼 Mais ces temps-ci, l'ambiance un peu pâteuse, faussement maîtrisée a carrément viré à la débandade. Tous les codes, les rituels, les habitudes sont remis en question. Un putain de dôme de feu apocalyptique s'est installé sur le pays au point qu'on cuit dehors comme à Tombouctou...
Ça brûle.
On a tenu quelques jours, avec notre train train quotidien, à se raconter les trucs les plus ennuyeux de nos vies pour meubler l'attente à la machine à café... La sueur... Les cernes... Les yeux rouges et surtout les tenues. Les indices d'une lente décadence.
Et bien sûr, merci, la canicule a remplacé les éternelles histoires des gosses des uns, des parents malades des autres et des week-ends confiture ou au Center Park. Tout le monde ne parle plus que de ça.
Les RH écrivent des mails avec des fontaines d'eau, des ventilateurs et des consignes dedans. Il faut faire face à l'adversité avec des recettes de managers tièdes à la vacuité trop généreuse.
Les fourmis salariées s'activent mollement avec ce sentiment bizarre amplifié par la sueur qui dégouline le long de la raie... Oui, on est beaucoup moins classe, raffiné, mesuré quand on vit dans un tuyau de chauffage en permanence.
Bizarre parce qu'avec ces chaleurs saoudiennes, ces coups de feu de la Vallée de la Mort, on se dit qu'on n'est plus vraiment au boulot, qu'en fait, on est dans la banlieue de New Delhi sous un cagnard de bâtard en pleine saison sèche gavée à l'El Nino... Ça tue la saveur de la relation pour beaucoup, les cons, ceux qui adorent te raconter leurs vacances de merde à leur retour à la rentrée. Ceux qui t'expliquent triomphalement qu'ils ont adoré leur séjour en Égypte par 45 degrés...
« Ils faisaient hyper chaud mais c'est tellement beau.»
Terminés les récits des aventuriers de Promovacances et des baroudeurs de Leclerc Voyages... Fin du game... Tout le monde peut crever sous le soleil sans bouger un orteil...
Chacun se transforme en bédouin du désert, à califourchon devant l'ordinateur pour une visio clean devant, vieux calbut transpi derrière... Les bosseurs, les vrais, on les reconnaît parce qu'ils sont un peu rougeots. Les autres se demandent ce qu'ils foutent là. Les déprimés sombrent en enfer, les paresseux se réjouissent de voir les plus performants rouler à leur rythme... L'hypocrisie est toujours la valeur cardinale des relations mais avec ce truc bizarre, celui de continuer à faire semblant que l'on est toujours à notre place dans la matrice...
La panique est molle, parce qu'on crame sur place. Les plus fauchés tentent de dormir dans une cuve de boue bouillie, les moins fauchés, même avec la clim' l'alu sur les fenêtres et "ce puits de fraîcheur dans le jardin" sont d'une moiteur gluante... Ça manage à la rien à foutre. Tout le monde s'en bat les steaks sauf à la kommandantur où on attend que "les performances soient maintenues", "qu'avec la fontaine d'eau et le ventilo, c'est un peu comme des vacances à Porto Vecchio." Patron mutants, leur égoïsme légendaire et leur passion pour les crashs violents dans le mur de la médiocrité.
Bollocks... On sait tous qu'on est en train de se faire rissoler par la nature vengeresse. On sait qu'on ne l'a pas volé notre raclée après des années de vie à la con dans un confort matériel moyen, très Ikea d'occaz' mais que c'était pas plus mal après tout. On sait que c'était un paradis au rabais offert à des zombies stéréotypés, pousseurs de caddie et passionnés par le déni de réalité.
Mais en réunion, rien ne transparait ou presque. Il y a eu des malaises, des arrêts maladies, un décès au service logistique... On sait, les cons et les pas cons que l'on est en train de tomber dans une vase merdique qu'on appelle Avenir.

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