Malik, il sera jamais français, dans les Ardennes... | 06 juin 2008

On s'est fait belle suis envahi par Malik, sa couleur presque jaune de peau à ce moment-là, sous une lampe de bureau. On disait déjà, et on était au début des années 80, on pensait que c'était déjà trop. Des voitures, y en avait pas tellement dans les Ardennes, la grande humide, vivre dans un espace vert, plein d'eau des pluies et des brumes la vieille peau la fouette la sensation de sensationnel...
"Les routiers c'est des gros faschos toute façon y dit mon père." Et Malik avait une voie rocailleuse, un timbre profond, une façon respirer-par-le-pif, son nez était plaqué plat un nez qui s'effondrait un peu sur ses lèvres. Le pli du bord de ses lèvres. Me demande ce qu'il est aujourd'hui, en me grattant la calvitie, la vessie pleine j'attends pour aller me vider... Pense aux secrétaires salopes de la Vérole. Han.
Malik est peut-être allé en taule après la deuxième à gauche de l'adolescence. Je ne sais pas s'il était français. Les ardennais généralement racistes hardcore ne pouvaient pas concevoir un faciès "non-européen" à la nationalité française-la-connasse-la-France.
"T'as un père?" Je lui demandai. Hum. "Oui j'en ai un, j'ai pas qu'une mère qui fait la pute à la caserne." On essayait de tirer à fond sur une liane séchée allumée avec un briquet un peu mouillé.
Chaque année, han, on regardait les épicéas qu'ils avaient planté sur la colline d'en-face d'l'école et on calculait leur pousse. "J'te dis que ça a grandit d'au moins 20 centimètres!" Et il me montrait l'écart d'un vingt centimètres approximatif avec ses mains fines aux ongles sales. On s'engueulait là-dessus. On se touchait un peu dans les épines et la poussière et la mousse et les p'tits bouts de bois de la forêt, pour oublier, oublier, oublier nos vies vulves, nos quotidiens salive et bave.
Je dis à Polo: "Et si on allait au restaurant?
- T'es pas bien?
- Pourquoi?
- Y a plus de restaurant dans le coin.
- J'y serais bien allé avec le corps imaginé d'un ami d'enfance, Malik".
Il me sourit comme un con ce portos à la con. Je vais enfin pisser.
Mon Usine, la suite...
Andy Vérol

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